Oui, ça y est ! Elle l’a eu !

Annie Ernaux Prix Nobel

Dans ce texte, l’Académie suédoise loue « le courage et l’acuité clinique avec lesquels elle découvre les racines, les éloignements et les contraintes collectives de la mémoire personnelle. »

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Annie Ernaux reçoit le Prix Nobel.

Ernaux (née en 1940) a une oeuvre immense, et pour autant que je sache, elle continue d’écrire. Je n’ai pas tout lu, mais j’ai lu beaucoup de ses livres. On pourrait dire qu’elle raconte sa vie, encore et encore. En même temps, elle raconte une époque, elle observe tout sans cesse. Et dans ses observations, cette « acuité » mentionnée par l’Académie Suédoise, ne peut manquer de frapper le lecteur – et la lectrice encore plus.

On a dit que son langage était plat. Annie Ernaux l’a dit elle-même, dans le sens où elle refuse les enjolivements. Moi, je dirais plutôt que son langage est limpide et précis. Son style me fait penser à celui de Joan Didion (1934-1921), et qui, elle aussi, pouvait être cruelle dans la précision de ses souvenirs, de ses analyses et de ses récits. Dans son « Journal du dehors » – que j’ai lu, relu et re-relu – Ernaux note des choses de tous les jours, banales diraient certains: ce qu’elle voit dans le métro, au supermarché, dans la rue. Mais c’est d’une précision, d’une justesse d’observation dont la journaliste que je suis s’est régalée.

Tous les livres d’Annie Ernaux (publiés chez Gallimard) ne sont pourtant pas faciles à lire. « Mémoire de fille » (2018), par exemple, je l’ai trouvé dur; il me confrontait avec mes propres fantômes du passé. Par contre, en lisant « Les années » (2008), il m’est arrivé d’éclater de rire, tellement nos lubies collectives du passé étaient reconnaissables. En revanche, « Une femme » (1987), sur la vieillesse et la mort de sa mère, m’a émue.

J’ai rencontré Annie Ernaux une fois, il y a une trentaine d’années, lors de la parution en néerlandais des « Armoires vides ». Je l’ai interviewée pour un magazine féministe néerlandais, Opzij. À vrai dire, depuis tout ce temps je ne me souviens guère de l’interview proprement dit. Je ne l’ai pas retrouvé dans mon fouillis qui tient lieu d’archives. Mais je me souviens qu’on avait des atomes crochus, elle et moi, d’autant plus crochus qu’on avait des connaissances communes. Et que – une fois l’interview  terminé –  on a fini par bavarder comme des pies…
Félicitations, Annie Ernaux !

Annie Ernaux à l’émission légendaire Apostrophes, en 1984

Annie Ernaux awarded
Nobel Prize for Literature

Her name was mentioned, not for the first time. But often, writers whose name is mentioned, don’t get it. Never ever. Annie Ernaux (1980) did, even though she had to turm 82 to be rewarded the Nobel Prize for Literature.

I love her work, I like the woman (met and interviewed her once), so I am quite happy. And I bet a lot of people – a lot of women – all over the world are. I hope she’ll be with us for a long time, and I hope she will go on writing, in her clear, precise, some say « flat » style. Observing her environment, noting all sorts of everyday details, so down to earth sometimes that they may seem un-literary, and yet, so recognisable. Through these apparently everyday details, Annie Ernaux depicts life itself.

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