Des paysages, en veux-tu, en voilà

Jules Coignet (Français, 1798 – 1860), Vue de Bozen avec un peintre, 1837, huile sur papier sur toile.

Ils venaient de toute l’Europe. Du fin fond des Pays-Bas, du Danemark, de l’Allemagne… Ils se retrouvaient autour de Rome d’abord, à Barbizon et à Paris quelques décennies plus tard. Quelques rares peintres paysagistes – car c’est d’eux qu’il s’agit – restaient chez eux, dans leur pays, leur province, faisant des émules plusieurs dizaines d’années après. L’Anglais John Constable en est un exemple éminent. Mais, voyageurs ou casaniers, pour tous il s’agissait de fixer rapidement sur la toile ou (surtout) le papier, les paysages et surtout leurs aspects changeants, les nuages qui se transforment, les feuilles qui bougent avec le vent ou qui changent de couleur avec les saisons.

Au commencement était le classicisme. Au cours du XVIIIe siècle, le paysage était par définition un paysage mythique, avec des personnages de la mythologie (grecque, de préférence) et ressemblant somme toute plus à un jardin luxuriant qu’à un paysage sauvage.

Camille Corot (1796-1875), L’île et le pont de San Bartolomeo, Rome, 1825-1828.
Anton Melbye (1818-1875), Skyrim (Kongsberg, Norvège), 1846.


Et puis, il y a eu quelques petits jeunes qui voulaient peindre d’après nature. Sur le motif. Quelle drôle d’idée ! disaient les anciens, qui tenaient en général solidement les rênes  des institutions comme les Écoles des Beaux-Arts, comités de sélection des Salons, etc…

Mais que voulez-vous, les jeunes s’en fichaient, pour le plus grand plaisir des dessinateurs humoristiques, qui se donnaient à coeur joie, mettant en scène quantité de chevalets pliants, boîtes à peinture, er surtout parasols – et les tableaux représentant des peintres travaillant sur le motif donnaient lieu aux caricatures qu’on imagine.

John Constable (1776-1837), Vue sur des jardins de Hampstead, 1821-22.

Cela n’a guère empêche les artistes de partir à l’aventure, de rechercher, en petits groupes de deux ou trois, les endroits les plus « sauvages », ou ‘exotiques », les Pyrenées, l’Italie, mais aussi de fixer ce qui est par definition changeant: les nuages, les cieux, les vagues autour des rochers, les feuilles des arbres…
C’est autour de ces thèmes que l’exposition est organisée : arbres, rochers et rivages, nuages, etc, mais aussi : Rome, Capri, l’Italie du Sud, les éruptions de volcans… C’est beaucoup plus intéressant qu’un simple ordre chronologique, et cela permet des comparaisons (voire des confrontations) inattendues.

Anonyme français, 19e siècle, Terrasse dans l’île de Capri.
André Giroux (1801-1879), Santa Trinitá del Monti sous la neige, 1825 ou 1829.

D’une époque à l’autre

Bref, il y a de quoi voir, de quoi admirer, de quoi s’étonner. Et il y en a d’autant plus que cette exposition est doublée d’une autre, d’un artiste contemporain. Charles Donker, retenez bien ce nom. Il est notre contemporain (né en 1940). Néerlandais de naissance, mais à l’aise dans le monde entier. Paysagiste, lui aussi, mais plutôt graveur que peintre (bien qu’il ait fait des peintures aussi). Et observateur. En voyage au bout du monde, il trouve plus facile de faire des aquarelles. Qui sont fort belles. Mais les eaux-fortes qu’il fait dans sa région à lui, elles, elles sont véritablement superbes. Et il les fait sur le motif. Vous lisez bien. Sir le motif. « Je prends mon vélo, la plaque de cuivre dans mes bagages et je m’en vais au hasard. Je vois bien ce que je rencontre. » Et c’est souvent magique. Des animaux – des oiseaux surtout – morts ou vifs ; des rangées d’arbres en hiver, par temps brumeux, ce qui semble rendre les branchages fragiles, les contours estompés ; des mûriers étêtés en Ardèche, qui rappellent étrangement les paysages provençaux de Van Gogh, en même temps qu’ils semblent danser ; une barque abandonnée dans un cours d’eau en Pologne… Et le tout respirant la mélancolie, suggérant que rien n’est éternel.

Allez, courez voir ça, tant que la Fondation Custodia reste ouverte, tant que les musées de Paris ne soient fermées pour cause de confinement… On ne sait jamais, les temps sont incertains. Les eaux-fortes de Donker en sont le reflet.

Sur le motif, peindre en plein air, 1780 – 1870, et Regarder d’abord, deux expositions à la Fondation Custodia, 121, rue de Lille, 75007 Paris. Tous les jours sauf le lundi de 12 heures à 18 heures (fermeture le 25 décembre et le 1er janvier). Jusqu’au 3 avril 2022. Prix du billet plein tarif €10,-. Billets à prendre sur place, pas de réservation en ligne. https://www.fondationcustodia.fr/

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