Dans le port d’Amsterdam…Y a des artistes qui exposent…

Une nouvelle biennale dans le quartier « chaud »

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« Ça sent bon le cuir ici », dis-je en entrant dans la boutique appelée RoB, du prénom de son propriétaire. Puis je jetai un coup d’œil autour de moi. Partout, des torses d’homme, entourés de ceintures, de harnais et d’autres objets de cuir.  D’accord, j’ai compris. Après tout, on se trouve Warmoesstraat,  au coeur du quartier « chaud » d’Amsterdam (et pourtant nommé d’après les nombreux maraîchers d’antan…) . Mais ce sex-shop masculin a une particularité quand même : tout au fond du magasin, clouée sur une porte, une peau sur laquelle est écrit un poème de Romi, le célèbre poète persan. C’est une oeuvre imaginée par Emirhakin.

… tout au fond du magasin, clouée sur une porte, une peau sur laquelle on lit un poème de Romi, le célèbre poète persan; l’ensemble est une oeuvre imaginée par Emirhakin.

C’est que cette boutique, comme tant d’autres dans ce quartier,  participe à la toute nouvelle Warmoes Biennale, une initiative de Bonne Reijn, qui tient la boutique voisine de celle de Rob.

La trentaine, et l’air trompeur d’adolescent attardé, boucles mi-longues, allure faussement négligée, il a un drôle de prénom, Bonne. « Il », oui, parce que ce prenom est porté par un homme. Et il a l’air de le porter sans complexe.

Au contraire, ce prénom figure de façon  prominente sur la devanture de la boutique où Bonne Reijn vend des fringues. Mais aussi des livres, plus au fond. Et au sous-sol, il y a un studio où des musiciens peuvent faire des enregistrements, tandis que l’arrière-boutique fait office de galerie. Où expose en ce moment Folkert de Jong, avec ses bateaux (d’esclaves) en cire.

Le tout se situe donc dans l’une des rues les plus mal famées d’Amsterdam,  en plein quartier « rouge », quartier à vitrines à putes, bourré de sex-shops, de bars louches entourant un local de l’Armée du Salut, et alternant avec les vendeurs de churros et les boutiques de « souvenirs » pas toujours du meilleur goût…

À première vue, c’est ça. À y regarder de plus près, c’est aussi un quartier où l’on vit. Où il y a une boulangerie, une poissonnerie, une boucherie tenue par la même famille depuis au moins trois générations ; où se sont également ouvertes plusieurs boutiques « tendance » ;  où la Vieille Église, le plus ancien bâtiment de la ville, abrite des expositions d’art contemporain ; et où, à deux pas de là, le joli petit musée dit « Notre Seigneur au Grenier » abrite… une église au grenier, datant du temps où le culte catholique n’était pas autorisé à avoir pignon sur rue… C’est aussi – aux heures où les hordes de touristes ne sont pas encore là – un quartier très charmant. Visitez-le dans la matinée ou en début d’après-midi, vous admirerez le reflet des arbres dans l’eau, les ponts pittoresques, les maisons médiévales – et en prime, avec un peu de chance, vous aurez le son du carillon…

Ons’ Lieve Heer op Solder – Notre Seigneur au Grenier

L’idée de Bonne Reijn et de ses compagnons dans l’aventure  où ils se sont lancés,  c’est de montrer une autre image de ce quartier, dont la plupart des touristes ne connaissent qu’un seul aspect – celui d’une foule, souvent saoule, se rinçant l’œil en passant devant les vitrines où se vendent les femmes qu’autrefois on disait « de petite vertu » et qu’à présent, on désigne sous le terme de « travailleuses du sexe ».

Photo prise de l’intérieur du local de l’association « We Live Here », avec vue sur la Vieille Église

L’air de rien, Bonne Reijn a réussi à convaincre bon nombre d’institutions et de commerçants à ouvrir leurs portes à des artistes – et la municipalité d’Amsterdam, aidée de mécènes et d’organisations culturelles, à financer l’opération. Cela n’a pas dû être une sinécure, mais ça y est, c’est fait. Et ainsi, on peut errer de boutique en bar, de rue en canal, de l’Armée du Salut à « Notre Seigneur au Grenier » en passant par la Vieille Église, pour trouver, partout, une oeuvre d’art originale. Il y en a qu’il faut savoir dénicher, comme au snackbar « Febo » (Joakim Derlow), il y en a qui sont petites, et nichées tout au fond comme au « Old Sailor » (Elspeth Diederix), d’autres encore très « conceptuelles » , comme celle attachée à la Vieille Église (et qui renvoie à la pissotière en face… création de l’artiste britannique Tild Greene) -mais toutes ont un rapport avec le quartier (qui jadis faisait partie du port), et finiront souvent par vous faire sourire.

Deux des bateaux de Folkert de Jong (Bonne); photo ©JW

Certaines oeuvres sont très symboliques, comme celle de Narges Mohammadi, intéressante artiste afghano-néerlandaise, qui se laisse souvent inspirer par le thème du « chez soi » ; cette fois-ci, elle a receuilli des objets d’argent dont les habitants du quartier voulaient bien se départir, et les a transformés en un ensemble représentant l’intérieur d’une maison ; cette maquette se trouve dans le local d’une association d’habitants appelée (en anglais) « We Live Here », association créée pour montrer aux touristes qu’il y a des gens qui vivent là et qui demandent à être respectés. Très différente, mais tout aussi symbolique est l’installation vidéo de l’Américain Kahlil Joseph dans la boutique de chaussures sport « Patta ».

Le texte de Younes Baba-Ali devant la Maison de la culture flamande – mot composé de multiculturalisme et communautarisme (ce aui, en Belgique, renvoie plutôt à la séparation des communautés) ; il y a de quoi se creuser la cervelle…

Le tour se termine au « Brakke Grond », Maison – café, théâtre, lieu d’exposition – de la Culture flamande, juste au-delà de la place Dam (Nes 45). Vous y trouverez, à l’extérieur, une oeuvre sonore et une oeuvre visuelle de Younes Baba-Ali, artiste belge d’origine marocaine ; ce sont des choses très simples mais qui forcent à réfléchir. Et après ça, mangez un morceau, buvez un café ou une bière à la terrasse ou dans la salle de ce très sympathique îlot belge, îlot tranquille à deux pas « du bruit et de la fureur » de ce centre-ville envahi surtout par les touristes faisant la queue devant les « recommandations TikTok »…

Informations pratiques

Pour visiter cette Warmoes biënnale et ce quartier (dont le nom réfère aux nombreux maraîchers de jadis… qui l’eût cru…), vous pourrez laisser vos pas se guider par l’inspiration du moment, ou bien télécharger l’itinéraire, ou consulter en ligne la liste des artistes, des oeuvres et des endroits les abritant. Il y a un audioguide (en néerlandais, par Hans Aarsman, photographe d’origine, et devenu ce qu’on pourrait appeler spécialiste du regard; il commente les images avec beaucoup d’humour. On trouve cet audioguide sur Spotify et sur Soundcloud. Et sur le site de la Warmoes Biënnale, évidemment. À part ça, il y a un tour guidé (€7 pour une personne, prix dégressifs) tous les samedis à 11h, dernier tour: le 2 mai. Point de départ : Galerie de Schans (Warmoesstraat 67). Durée : 1h – 1h30.

Plus d’images dans la section anglaise

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English version

In the port of Amsterdam…

A new art biennial in Amsterdam’s ‘‘red lights district’’

One of the canals of the ‘‘red lights district’’ – Oudezijds Achterburgwal – in daytime… Photo AmsterdamLokaal.nl

If there is one area in Amsterdam where the difference between night and day is huge, it is the so-called ‘‘red lights district’’. By night, crowds of (often drunk) tourists, advance slowly along the canals to get an eyeful of the all but naked prostitutes ‘‘on show’’ in their windows. By day, it is a calm and charming neighbourhood where people live and work. There is a butcher, a baker, a fish monger, all sorts of ‘‘normal’’ shops… There is the Old Church, the oldest building in town, a few steps away from its formerly hidden counterpart, now a museum, called ‘‘Our Lord in the Attic’’, a catholic church actually in the attic of this old house, dated from the times when catholicism wasn’t actually forbidden, as long as it wasn’t obvious… These days, the Saint-Nicholas basilica is only a few steps away and visible from afar. From time to time, church bells will accompany your walk along these old canals, once part of the port of Amsterdam; a few old warehouses remain as witnesses of those days.

Narges Mohammadi made a miniature ‘‘home from home’’ from silver objects given to her by the inhabitants of the neighbourhood. At ‘‘We live here’’.

These days (until 3 May 2026), in some shops, bars or other places, like the charity shop of the Salvation Army, you may see an art work: a video installation, a sculpture, a painting here and there, a soundscape… The whole area is temporarily transformed into an art biennial. It was the initiative of a young man who lives and works in this area, Bonne Reijn. In his shop in the Warmoesstraat (warmoes means market garden…), named Bonne like himself (his neighbour and his neighbour’s shop are called Rob…), he sells clothes made after his design – but his shop is also a gallery (where Folkert de Jong exposes his wax ships referring to colonial times), and a bookshop… Like many of his neighbours, Bonne was fed up with his neighbourhood’s image, and with the nightly crowds. Hence this idea of an ‘‘art route’’, along bars and shops transformed into art ‘‘pavilions’’. Often, the art works reflect more or less the nature or history of the ‘‘pavilion’’ in question – or of the area as a whole. Bonne’s neighbour Rob, who sells a special kind of leather gear, harbours a poem by the Persian poet Romi, written on a animal’s hide (an art work by Emirhakin). In the Old Sailor’s bar, Elspeth Diederix shows a ‘‘composition’’ made of small wooden parts of ships. The Salvation Army’s charity shop is also decorated (by Bart Lunenburg) with wooden structures referring to the way this area was built : in layers. The premises of the neighbourhood association ‘‘We Live Here’’ shows a miniature room made of old silver objects given to the Dutch artist of Afghan descent, Narges Mohammadi, by inhabitants of this neighbourhood.

One of Bart Lunenburg’s art works in the Salvation Army’s charity shop

I could go on for a while like this – there are 21 places to visit, the last one being just outside the ‘‘red lights district’’, across the Dam square and the always too busy Dam street. It is the Flemish Cultural Centre, called ‘‘De Brakke Grond’’ (Nes 45) – referring to the soil it is built on. There, on the outside, in this quiet street, you’ll see and hear Younes Baba-Ali’s art work. Inside – or on the terrace, weather permitting – you may rest and have a coffee, a lunch or a tea – or s Belgian beer, of course.

More images in French section

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Practical information

To visit this Warmoes biënnale and this area (named after the market gardens that once upon a time covered this area…), you may just go where your feet take you, but you can also download the map, ou consult the list of artists, works and places on line. There is an audiotour (in Dutch, by Hans Aarsman, photographer turned ‘‘image examiner’’; he analyses in an often humoristic way what he sees, and he notices details that may escape us. You will find this audiotour on Spotify and Soundcloud. And also on the site of the Warmoes Biënnale, of course. There is also an actuel guided tour (€7 for one) every Saturday at 11 am, until 2 May. Starting point : Galerie de Schans (Warmoesstraat 67). It takes 1 h to 1 h 30.

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