Des photos à gogo

La photo est omniprésente aux Pays-Bas, dirait-on. Il se peut qu’en cela on ne diffère pas des autres pays. Quoi qu’il en soit, les Pays-Bas sont riches en musées de la photo (et de cinéma), depuis le Musée Néerlandais de la Photo à Rotterdam et le Musée de la Photo de La Haye, à FOAM et la Maison Marseille à Amsterdam, sans oublier Eye, le musée du cinéma / cinémathèque au bord de l’IJ (prononcez à peu près comme l’anglais Eye), la baie qui sépare la partie Nord d’Amsterdam du reste de la ville. C’est l’ancien port, avec ce qui reste des docks d’un côté, et les paquebots à croisière de l’autre.

La World Press Photo de l’année 2017, par le photographe turc Burhan Ozbilici: l’assassinat de l’ambassadeur de Russie, Andrey Karlov par un policier turc, Mevlüt Mert Altıntaş

Et puis, il y a World Press Photo, l’organisation qui attribue les prix aux meilleures photos / séries de photos journalistiques. Tous les ans, c’est un grand événement et la photo élue World Press Photo de l’Année est publiée dans pratiquement tous les journaux, partout dans le monde.A Amsterdam, l’exposition annuelle des photos et vidéos primées dans une des nombreuses catégories vient de se terminer, mais qu’à cela ne tienne: à présent, elle fait le tour du monde, du Danemark à l’Australie, d’Edimbourg à Santiago du Chili. C’est intéressant, les sujets sont nombreux et variés (de la chasse ‑ illégale ‑ aux rhinocéros, à la lutte des Sioux Lakota à Standing Rock, en passant par le sauvetage des pandas en Chine). Il y en a pour tous les goûts. Des projets à long terme, des sujets d’actualité, du sport, de la nature… tout ce qu’on peut imaginer, et plus.

Aux Pays-Bas, l’exposition ira ensuite à Alkmaar (jolie petite ville à une bonne demi-heure de train d’Amsterdam, où se tient le vendredi un marché aux fromages). Pour voir les autres endroits où l’on pourra voir cette exposition, clickez ici. Pas en France, cette année, mais au Château de Prangins en Suisse (et à Maastricht, dans l’extrême sud des Pays-Bas, près de Liège). Et de partout, vous pourrez voir les photos dans la galerie en ligne de World Press Photo.

Du XXIe au XIXe siècle : les « Nouvelles réalités »

Des photos à profusion aussi au Rijksmuseum, mais d’une tout autre époque. L’exposition « New Realities » montre des photos du tout début de la photographie. Ce épreuves demandaient tout un travail : de la préparation du support ‑ plaque de métal ou de verre, papier… ‑ et des produits chimiques jusqu’au maniement de l’appareil photo, qui demandait de la patience et souvent de la force. Et parfois, on faisait des photos sans appareil du tout : en posant l’objet à photographier directement sur le feuille de papier imprégnée. C’est ainsi qu’Anna Atkins (1799‑1871), botaniste et sans doute la première femme photographe, a photographié des algues en les posant directement sur le papier, qu’elle devait auparavant préparer elle-même. C’était un travail énorme, et il n’est pas étonnant qu’elle ait mis dix ans (1843‑53) à compléter son livre sur les algues Britanniques (« Photographs of British algae »), le tout premier livre à photos, et qui n’a jamais été tiré à plus d’une vingtaine d’exemplaires. Ils étaient tous différents, car les photos comme leur nombre variaient. Au printemps 2017, le Rijksmuseum a pu acquérir un de ces exemplaires, et l’un des plus riches, contenant plus de 300 photos, qui sont ‑ outre leur qualités botaniques ‑ d’une grande beauté.

Le travail d’Anna Atkins montre que, dès ses débuts, la photographie avait une fonction utilitaire, plus qu’artistique. Elle était considérée comme une forme d’illustration et souvent, elle était mélangée à ces autres formes, comme le dessin. En même temps, il y a dans cette période pionnière, une explosion de techniques et de matériels. Un grand nombre de produits chimiques sont utilisées ‑ des solutions argentées, à albumine, que sais-je encore ‑ et un grand nombre de supports différents. De même, les photographes expérimentent avec la lumière, la vitesse, les sujets et leurs mouvements. Le vol d’un oiseau ou le galop d’un cheval deviennent des objets d’étude. Comment rendre le mouvement, le déplacement, à une époque où les temps d’exposition étaient encore bien longs ?

Nederland, Amsterdam, 14-06-2017.
New Realities, tentoonstelling in het Rijkmuseum.
Foto: Olivier Middendorp

Petit à petit, la photographie s’oriente dans différentes directions. On voit la photo technique d’une part ‑ un pont ou des bâtiments en construction, comme le Paris haussmannien ou l’Opéra). N’oublions pas que nous sommes en plein essor industriel ! A l’autre extrême, pourrait-on dire, il y a le portrait : statique, solennel, et accessible à un bien plus grand nombre que le portrait peint. On voit des portraits d’individus, des portraits de famille, des portraits au format « carte de visite », très en vogue dès la seconde moitié du XIXe siècle, et qui ‑ lorsqu’il s’agissait de célébrités ‑ s’achetaient et se collectionnaient. A côté de cela, on commence à voir aussi des photos de circonstance, qu’il s’agisse d’une première communion, d’un mariage, ou d’une sortie d’étudiants. Très vite aussi se développe la photo publicitaire ; vers la fin du XIXe siècle, on la voit partout : sur des affiches couvrant les murs comme dans les revues et journaux.

Au début du XXe siècle, des appareils photo moins lourds et plus maniables commencent à se développer, et avec eux, la photographie n’est plus seulement l’affaire des professionnels. Dès lors, on voit apparaître des photos de vacances ou de réunions familiales.

A partir de ces premiers pas, on voit bien tout le chemin qu’a parcouru la photographie en l’espace d’un siècle ; de technique expérimentale, elle s’est muée en technique de masse, universelle, omniprésente. Rien que pour cela, l’exposition vaut le coup d’être vue, tout comme sa petite soeur au rez-de-chaussée, « Sea Views » ‑ vues marines contemporaines, celles-ci, comprenant de très belles prises de vue, comme celles de Vivian Sassen.

Vous pourrez aussi voir une tout autre exposition, extraordinaire, intitulée « Small Wonders » : des « miracles » minuscules en effet, à savoir des reliefs et des sculptures miniatures, généralement médiévales et religieuses de caractère. Etonnant. Et si entretemps vous avez besoin de vous restaurer : il y a une bonnepetite cafeteria juste à côté.

L’exposition « New Realities » s’accompagne d’un catalogue magnifique du même titre, « New Realities l photography in the 19th Century » (en anglais), mise en pages par la célèbre graphiste Irma Boom. € 39,95, 340 pages.

A cette occasion, Vogue a sorti un numéro spécial que vous pourrez voir en ligne.

 

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