Casa Romana – Vie quotidienne à Rome

C’est tout juste si on ose y entrer : le cerbère qui garde l’entrée paraît assez féroce — bien qu’il ne fasse pas l’ombre d’un doute que ce chien de garde est en réalité une marionnette. Et pas n’importe laquelle : c’est celle qui a été construite pour l’opéra moderne A Dog’s Heart  (Le coeur d’un chien), du compositeur russe Alexandre Raskatov, d’après une nouvelle de Michail Boulgakov. Sorti au Holland Festival de 2010, l’opéra a été reprise en avril 2017, il y a donc quelques mois seulement. Au musée, un petit écran vidéo montre comment quatre (!) marionnettistes (plus deux chanteurs qu’on ne voit pas) rendent ce chien ultravivant. C’ést impressionnant. Moi qui ai vu l’opéra, je peux en témoigner !

Romain? Non, pas du tout, très XXIe siècle, au contraire. Mais toute l’exposition est faite de ce genre de contrastes, et c’est un des éléments qui la rendent si intéressante: la combinaison de meubles, d’objets, d’oeuvres d’art « d’époque » avec leurs homologues modernes ou plus anciens, mais tous inspirés de l’Empire romain. Ce n’est pas pour rien que le style dit « Empire » se soit créé fin XVIIIe, début XIXe siècle justement: cela coïncide avec la découverte des vestiges de Pompéï. Mais nos ancêtres d’il y a deux siècles n’ont pas été les seuls à se faire inspirer par l’Empire romain. Tout au long de l’histoire moderne, en fait, on regarde de temps en temps en arrière.

Armature de serrure; bronze, romain, 1er siècle après J-Chr

On s’en aperçoit en parcourant cette « Casa », cette maison romaine — maison de riches, maison cossue, s’entend. On y entre — en espérant que le cerbère susnommé nous le permet — de bon matin, lorsque le maître de maison reçoit : des clients, des gens qui ont un service à lui demander, des relations d’affaires, que saias-je encore. Tels qu’on les imagine, ils attendent sagement sur un banc devant la maison que leur tour arrive. Et ce tour arrive d’autant plus vite que le visiteur est important…

La « consultation » terminée, le maître de aison vaque à ses besognes ailleurs, au Forum, aux bains, là où il travaille ou passe ses loisirs. La « salle d’audience » se transforme en atelier à tisser et de vient le domaine de la maîtresse de maison — ou de certaines de ses esclaves, car elle aussi, après avoir donné l’exemple et distribué le travail, elle finit par s’en aller : au Forum, pour entendre les nouvelles (et regarder la dernière mode), aux bains, ou là où elle a donné rendez-vous à ses amies.

Bustes de femmes romaines; origines diverses, 1er au XVIIe s.

Les bains sont un lieu de rendez-vous, un passe-temps importants. On y bavarde, on échange les nouvelles, on joue, aux dés ou à autre chose, bref, on s’y attarde pas mal. Ce qui ne veut pas dire pour autant que les Romains aient été propres. On se baignait tous dans les mêmes eaux, qui étaient rafraîchies une fois par jour… Déjà de nos jours, on peut attraper des infections dans nos piscines, pourtant désinfectées et nettoyées bien plus sérieusement que dans ce temps-là. Alors, on imagine (ou plutôt, on préfère ne pas imaginer…). Les sandales et les pierres à poncer, qui faisaient partie de la panoplie que tout baigneur et toute baigneuse emportaient au bains (ou plutôt, qu’ils faisaient porter par un(e) esclave), n’étaient pas un luxe superflu.

Les bains n’étaient pas le seul endroit où l’on pouvait attraper des maladies. Les toilettes, adjacentes aux cuisines, en étaient une autre. Passons sur le manque d’hygiène et sur le fait, curieux à nos yeux, que ces pièces étaient attenantes; à présent, on voit la cuisine comme un endroit d’où sortent des arômes appétissantes, voire délicieux. Les Romains, eux, trouvaient que la cuisine sentait mauvais (ce que nous, même avec nos nez d’aujourd’hui, confirmerions peut-être, vu leurs façons de préparer les plats et de conserver les aliments – on ne le saura jamais). Par conséquent, on mettait ensemble tout ce qui sentait mauvais, malgré les rats et autres bestioles qui remontaient par les canalisations qui reliaient ces toilettes directement à l’égoût — et qui s’attaquaient aussi facilement aux aliments… Pour se protéger des maladies qui provenaient de ces endroits maléfiques, on y plaçait des statuettes de la déesse Fortune, sensée protéger les humains qui l’entouraient… Plus utiles étaient sans doute les les chats qui, comme les chiens de garde et les tortues, faisant partie des animaux domestiques des romains.

Chat, romain, bronze, 1er-IIIe siècle

Bien entendu, cette belle maison comporte bien d’autres pièces, à usage plus « noble », disons. Il y a une belle bibliothèque, remplie de rouleaux de papyrus, attenante, celle-ci, au jardin intérieur, oasis de calme et de verdure, où les seuls bruits que l’on entend sont le chant d’oiseaux et le murmure d’une fontaine.  Une autre pièce que borde ce jardin est la salle à manger, avec ses banquettes-lits qui invitent à s’allonger et à prendre part au repas. Un belle pièce, celle-là aussi, avec ses mosaïques au sol comme celle représentant un poisson, une autre montrant une image de Bacchus.

Le tour ce cette Casa se termine, bien entendu, dans la chambre à coucher, où les maîtres de maison se retirent à la nuit tombée, lorsqu’il faut s’éclairer à la lampe à huile. Les journées suivent les saisons: courtes en hiver, longues en été, mais toujours divisée en douze, si bien que l’heure d’été est bien plus longue que l’heure d’hiver…..

Lampes à huile romaines; terre cuite, 1er-IIIe s

Quand vous sortirez de cette maison romaine, il vous restera bien un petit moment – après vous être restaurés, si besoin est – pour voir d’autres expositions, plus modestes, dans ce beau musée tranquille. Celle, par exemple, sur les pierres taillées (« Pracht en precisie », « Splendeur et précision »). Splendides, elles le sont en effet, ces camées (taillées en relief) ou intailles (taillées en creux), en topaze, opale, sardoine, quartz, pierre de lune, zircon, onyx, jaspe, lapis lazuli, ou que sais-je encore, ces pierres roses, vertes, blanches, bleues, jaunes,  multicolores, portées en bague, en collier, en broche, servant de sceau ou uniquement de bijou. Souvent, elles sont minuscules, on se demande comment l’artisan a pu les tailler (on voit d’ailleurs les instruments); heureusement, elles s’accompagnent de photos qui les montrent agrandies de beaucoup. « Splendeur et précision », en effet… (jusqu’au 24 septembre 2017).

Intéressant dans le cadre de l’archéologie et de l’histoire ancienne sont aussi les dessins qu’a fait Elisa Pesapane sous le titre « Le solitaire des ruines » (en français dans le texte). Ils représentent les recherches de Jean Émile Humbert (1771-1839), néerlandais d’origine franco-suisse, en Tunisie, en particulier sur le site de Carthage. Il y a passé des années, souvent en compagnie du comte italien Camillo Borgia (1773-1817). Les notes et les dessins de Jean Émile Humbert sont à la base de la collection du RMO. Ils forment de point de départ des dessins d’Elisa Pesapane. « Le solitaire des ruines » était le sobriquet qu’Hubert s’était lui-même affublé. Les dessins ornent les murs du hall du musée (jusqu’au 17 septembre).

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Casa Romana, Rijksmuseum van Oudheden (RMO), Rapenburg 28, 2311 EW Leiden. C’est au centre de cette charmante petite ville abritant la plus ancienne (1575) université des Pays-Bas (réputée entre autres pour sa faculté d’archéologie), à 20 minutes de train d’Amsterdam et à 10 minutes de La Haye. Le musée se trouve à un petit quart d’heure de marche de la gare. Le Jardin botanique, du nom latin de Hortus Botanicus, est aussi le plus ancien des Pays-Bas (1590) et se trouve à un jet de pierre du RMO (Rapenburg 73).

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