Musée: réouverture du ‘Stedelijk’ d’Amsterdam

'la baignoire''la baignoire'A peine dévoilé, déjà pourvu d’un sobriquet: ‘la baignoire’. C’est ainsi que le langage populaire désigne la nouvelle extension du Stedelijk Museum, le Musée d’Art Moderne de la Ville d’Amsterdam – la partie du musée que l’on voit de la rue. C’est laid, franchement laid. Décourageant… pour un musée qui, jadis, eut une solide réputation internationale. Qui appartenait même au ‘top’ des musées d’art moderne – avant d’être fermé pour une rénovation qui, de tribulation en mésaventure, a fini par s’étendre sur sept années… et par coûter beaucoup, beaucoup plus que le budget initial.

La Reine Béatrix, vue par Luc TuymansMais ne restons pas là à ressasser le passé. Franchissons le seuil de cet abominable ‘baignoire’, entrons dans le musée enfin rénové, qui sera officiellement inauguré par la Reine Béatrix ce samedi 22 septembre et ouvrira ses portes au public le lendemain. Tiens, elle est là, justement, la Reine, tout en rose royal, dès que l’on entre dans le musée. Un portrait du Flamand Luc Tuymans – que l’on peut aimer ou ne pas aimer (elle a l’air bien fatiguée, la reine), mais qui vous ‘fait’ quelque chose, comme toutes les œuvres de cet artiste.

 

 

 

OsamaTout de suite après : la salle Marlene Dumas, avec son ‘Osama’, nouvellement acquis comme la toile de Tuymans. Intriguant, ce portrait verdâtre, doux en repoussant à la fois, les yeux et la bouche paraissant exprimer des émotions contraires. Sur d’autres murs de cette pièce, une série de portraits de jeunes Néerlandais ‘beurs’. Intéressante proximité…

Errant de salle en salle, je rencontre de nombreuses œuvres connues – Willem De Kooning, Barrett Newman, Sol Lewitt, Jeff Koons, Jasper Johns, Robert Rauschenberg, Jean Tinguely, Elsworth Kelly, un Matisse monumental, La perruche et la sirène – dont chacun porte la ‘griffe’ d’un des anciens directeurs du musée, de Willem Sandberg et d’Edy de Wilde surtout. Et à chaque fois le sentiment de revoir un vieil ami. « Tiens ! Vous voilà ! Non mais, ça fait un bail ! Et vous aussi, vous êtes là ! Quelle merveille ! Vous m’avez manqué, ma parole… » Ah, toutes ces années de fermeture…

The Original BeaneryLa fête des retrouvailles réserve des surprises, parfois. Ainsi, la Beanery  (1965) d’Edward Kienholz, elle aussi rénové, elle semble avoir rétréci… Tant de temps qu’elle fut invisible… Des années-lumière, on dirait. Mais quelle joie d’y rentrer, de retrouver son aspect poussiéreux soigneusement retapé, ses têtes en forme de pendules, toutes à la même heure, dix heures dix… et son odeur – mélange de vieille bière, de pipi, de tabac refroidi… La même sensation surréaliste qu’autrefois, le même effet revigorant, voire réjouissant, malgré les titres des journaux dans le kiosque à l’entrée du bar : « Children Kill Children in Vietnam Riots ». Non, ça n’est pas joyeux. Et à vrai dire, l’atmosphère dans L’Original Beanery ne l’est pas non plus. Alors, qu’est-ce qui fait que malgré tout, ça vous retape le moral, vous requinque ? Est-ce la rencontre avec un créateur particulièrement original ? Avec une œuvre d’art d’une force exceptionnelle ? Est-ce l’admiration devant certaines trouvailles – d’expression, de lumière, de forme ? En tout cas, il y a certaines œuvres d’art qui me font cet effet-là. Certains Picasso, certains De Kooning aussi, certains Cézanne, pour ne nommer que ceux-là. Et aussi certaines affiches, certains meubles ou autres objets de l’immense collection d’arts appliqués de ce musée – collection dont j’avais, je l’avoue, oublié l’existence… et que, elle aussi, j’ai retrouvée avec un très grand plaisir.

J’ai eu plus de mal à apprécier les œuvres contemporaines regroupées sous le titre ‘Beyond Imagination’. C’est sûrement mon manque de connaissances dans ce domaine-là – mais en effet, pour moi, c’était souvent au-delà des limites de l’imaginable. Aucune idée, par exemple, de ce que voulait dire Christian Friedrich avec le film d’un jeune homme jouant dans/luttant avec les vagues au bord d’une plage – alors qu’en même temps la salle se remplissait d’un son strident, insupportable. Oui, c’est ‘une bande-son étourdissant’, comme dit le catalogue, qui qualifie cette œuvre de ‘défi pour le spectateur’. En effet.

Des écrivains – fort peu connus également – ont aussi contribué à ‘Beyond Imagination’. Leurs écrits sont dans le catalogue. L’une de ces contributions se termine par : ‘So, what the fuck is art ?’ et la réponse implique que l’art est dans notre imagination. Ma réponse à moi , dans le même style, à cette question, serait quelque chose comme : ‘Je n’en sais foutre rien – mais je sais que je veux pouvoir saisir ou ‘sentir’ une œuvre sans avoir besoin de lire le catalogue pour connaître les intentions de l’auteur…’

 

Après la ‘violence’ de cet art qui ‘dépasse’ l’imagination, quel ‘calme, luxe et volupté’ que La Place du Dam, par George Hendrik Breitnerd’errer dans les salles montrant l’art d’avant 1960 : de Breitner au mouvement Cobra, en passant par – je cite pèle mêle – Cézanne, Mondriaan, Van Gogh, Braque, Léger, Matisse, Germaine Richier, Charley Toorop… et tant d’autres. L’impression de respirer enfin, de retrouver la terre ferme. Oui, bien sûr, moi aussi, je me suis fait la réflexion que certaines de ces œuvres avaient causé un scandale en leur temps… et qu’en conséquence, on se fait à tout – ou presque.

L'escalier monumental, et l'un des murs couverts d'anciennes affichesIl y aurait encore bien d’autres choses à dire sur ce musée rouvert après tant d’années. Sur sa nouvelle entrée, donnant soi-disant sur ‘l’Esplanade des Musées’, en réalité sur l’entrée d’un supermarché et une immonde excroissance ‘cachant’ un monte-charge (dont je ne sais toujours pas à quoi il sert ou a servi). Il y aurait des choses à dire aussi sur l’actuel directeur, l’Américaine Ann Goldstein, restée pratiquement invisible et muette depuis qu’elle prit les commandes du musée, en janvier 2010. Elle n’avait rien à dire, répétait-elle, tant que le musée n’avait pas rouvert. Aujourd’hui, elle donne des interviews à gogo – mais on a l’impression qu’elle n’a toujours pas grand-chose à dire. Ses préférences artistiques ? Elle ne veut pas penser ‘en ces termes-là’. Ses ambitions ? Ma foi… relativement modestes, le Stedelijk n’appartient plus au ‘top’ mondial, il faut se rendre à l’évidence. Et tout à l’avenant.

A la décharge d’Ann Goldstein, il faut dire que les autorités, en écrémant fortement les subventions du musée, l’ont bien aidé à réviser ses ambitions vers le bas. Dans ces conditions, attendons avant de juger et accordons-lui encore le bénéfice du doute. Et il faut quand même dire ce qui est : si laid que soit la bâtisse à l’extérieur, à l’intérieur tout est clarté et harmonie, avec de belles voûtes menant du bâtiment nouveau vers l’ancien et vice-versa, et ce superbe escalier monumental qui, Dieu merci, a été conservé tel quel. Attendons de voir les expositions temporaires à venir, à commencer par la rétrospective Mike Kelley en décembre. De toutes manières, la collection permanente, assemblée pendant plus d’un siècle, vaut, toujours, la peine d’être vue. Vaut le voyage ? Je ne sais pas. Le détour ? Sans aucun doute.

Un commentaire

  1. « In organizing this year’s exhibition, Stedelijk curator Martijn van Nieuwenhuyzen and guest curator Kathrin Jentjens (former director of the Kölnischer Kunstverein) asked artists to consider the ways in which boundaries are now blurred between reality and imagination, authenticity and role-playing, especially in relation to developments in politics, finance and media. »: ainsi était formulé l’appel d’offres pour ce concours. La dérangeante étrangeté produite par le remplacement du bruit du ressac par un son strident jusqu’à l’insupportable et l’ambigüité des actions du baigneur dont on ne sait s’il joue ou se débat dans les vagues – telle que tu sembles avoir vu cette vidéo – remplit-il ce programme ? La perplexité où nous laisse certaines des oeuvres actuellement présentées vient-elle de la différence de génération, de ce que notre oeil n’y est pas encore « fait » ou des contorsions philosophocardes du discours à propos des oeuvres, sources d’inspiration bien pauvres ? Peut-on voir dans cette oeuvre, à travers ta description, le naufrage de la finance ou l’angoisse du futur dans le présent ? Qu’est ce que cela a t il de bien typique de l’actualité, du « now »? « Le déluge » de Poussin dans ce bon vieux Louvre ne remplit-il pas le même programme ?
    Par ailleurs merci pour la photos de visiteurs en marche dans le musée;ça, c’est du présent.

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