Le journal de l’autre Anne (2)

PEerste_levensjaren2_1 lusieurs personnes ont réagi à ma première note à ce sujet, disant qu’elles avaient envie de lire ce journal. Ah oui, je le conçois tout à fait. Malheureusement, le manuscrit restera bien enfermé dans l’armoire de ma voisine, avant d’être remis à l’un de ses fils et ensuite à un musée. J’ai eu une longue discussion avec elle à ce sujet ‑ car, bien entendu, je connais, moi aussi, des éditeurs qui seraient ravis de le publier – et la réponse est non.

C’est une réponse bien réfléchie, et c’est pourquoi je n’ai pas insisté. Car Anne ne veut plus être ‘cette enfant-là’. Il lui a fallu des années de thérapie pour se débarrasser des séquelles de ce qui lui est arrivé, pour enfin ne plus se sentir obligée d’être éternellement reconnaissante : reconnaissante d’avoir survécu, ainsi que ses parents, d’avoir été prise en charge, etcetera, etcetera… Elle en a sa claque. Et elle ne veut plus en parler.

La rupture d’avec ses parents d’adoption – qu’elle prenait pour ses vrais parents ‑ fut brutale, sa mère n’a eu de cesse de ‘rééduquer’ cette petite fille qui, pour avoir vécu jusqu’à trois ans dans un milieu ‘popu’ n’avait ni les manières, ni le parler qui convenait à la bonne bourgeoisie à laquelle elle appartenait.

C’est douloureux, et – avec soixante ans de recul – on pourrait reprocher à cette mère d’avoir été si dure, mais elle aussi a dû refaire sa vie comme elle le pouvait, avec ses moyens du bord à elle. Sa thérapie à elle, c’était de parler sans cesse: de la guerre, de l’occupation, des souffrances, de tous ceux qui ne sont pas revenus (et que pourtant elle a attendus des années durant, assise à la fenêtre)… Alors sa fille ne demande qu’une chose : pouvoir continuer à mener une vie tranquille, dans l’anonymat, et surtout sans avoir à parler de ce passé. Car une publication entraînerait forcément des interviews, des articles, des émissions. Et ça, ayant bien réfléchi à la question (sa mère avait songé, elle, à faire publier son livre), elle n’en veut pas.

J’ai eu le rare privilège de partager un peu cette intimité, grâce à la cérémonie autour d’Anne Frank. Et je vous l’ai fait partager à ma façon. Mais il faut en rester là. Je le regrette, mais c’est ainsi.

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