Lita, Francesco et les malheurs du monde

Lita Cabellut et Les Disparates de Francesco de Goya

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Informations pratiques: cliquez ici

C’est assez extraordinaire, la façon dont l’artiste espagno-néerlandaise Lita Cabellut est entrée en possession de la série de gravures « Los Disparates » («Les Disparates») de Francisco de Goya.


C’était à Madrid. Cabellut avait longuement répondu aux très nombreuses questions d’une jeune fille. Plus tard, la mère de celle-ci lui faisait remettre un beau livre pour la remercier. Embarassée d’un tel cadeau, Lita Cabellut s’est rendue dans la librairie d’occasion de la mère pour la remercier à son tour. La libraire lui a fait visiter le magasin, l’artiste remarqua un livre pas comme les autres, à la couverture verte, d’un vert jauni. C’était un exemplaire de « Los Disparates », (Les Disparates, appelées aussi Les Songes, voire Les Folies) de Francisco de Goya (1746 – 1828).

«Ah, dit Lita Cabellut, jamais je ne pourrais me permettre d’acheter ça. » «Pas plus que moi, je ne pourrai me permettre d’acheter une de vos oeuvres», rétorqua la libraire. Et c’est ainsi que le marché fut conclu.
Une fois entrée en possession de ce livre extraordinaire, Cabellut se sentait obligée d’en faire «quelque chose», de rendre hommage à Goya, en quelque sorte.

Mais d’abord, qui est-elle, cette artiste qui expose aujourd’hui sa version des «Disparates» dans le beau petit musée Jan, aux abords d’Amsterdam? Née en 1961 dans un village en Aragon de parents Roma, Lita suit sa famille à Barcelone, où – d’après Wikipedia – elle était laissée aux bons soins de sa grand-mère, tout en passant ses journées dans la rue. À douze ans, après la mort de la grand-mère, elle était adoptée. Elle a décidé de devenir artiste en découvrant le Prado et les peintres qui y étaient exposés – dont Goya, Velasquez, Rembrandt, qui ont continué de l’inspirer.

À 17 ans, elle a sa première exposition dans les environs de Barcelone. À 19 ans, elle part aux Pays-Bas, pour faire ses études à l’Académie Rietveld, et où elle réside depuis.

Au cours de sa carrière, Lita Cabellut a accumulé les expositions comme les honneurs. Elle a exposé de Barcelone à Séoul, de Berlin à Bombay, de Saragosse à Hudiksvall en Suède. En ligne, vous trouverez certaines de ses oeuvres sur le site du musée Jan, bien sûr, ainsi que celui de l’Académie des Beaux-Arts de San Fernando mais aussi, entre autres, sur celle d’Opera Gallery, ou bien sur son site à elle.

Petite, vive, brune, elle fait dans le grand format. Des portraits plus grands que nature, souvent dans les gris et les noirs, et qu’elle «barbouille» ensuite de peinture de couleur ou blanche. Certaines, de ses peintures, comme ses «Disparates» sont barrés en blanc – un peu comme si on regardait ces «bizarreries» à travers des barreaux, ou bien si les personnages ont été surpris par une averse.

Ci-contre: Une des «Disparates» («La Lealtad», la loyauté), version Lita Cabellut.

«Les Désastres de la guerre», série de gravures antérieures à celle des «Disparates» et peut-être plus connue, est déjà passablement sombre, si différente de ses portraits des années d’avant, quand Goya était peintre à la Cour d’Espagne et qu’il peignait la belle famille royale et les beaux nobles, les comtesses, les duchesses… Il faut dire qu’il y avait de quoi être sombre, dans ces premières années du XIXe siècle, avec les guerre napoléoniennes et leurs conséquences pour les populations.

«Les Disparates» (que l’on appelle aussi «Les Songes» – on aurair pu dire «Les Cauchemars»…) sont, si possible, encore plus sombres, bien que Goya y mette de l’humour, mais c’est un humour noir comme de l’encre. Il se moque en fait de la condition humaine, d’un rire grinçant. Toute proportion gardée, ces images de nos défauts, sur fond de guerre, de pauvreté et de malheur, font un peu Charlie Hebdo façon XIXe siècle…

Pour sa version des «Disparates», Lita Cabellut a fait poser des acteurs dans les positions et avec les expressions de certains personnages des gravures de Goya. Puis, elle les a blanchis (les acteurs, oui!), pour ensuite les peindre sur une grande toile, ou en faire une sculpture. Et bien que ces personnages soient extravagantes, théâtrales, ils soulignent curieusement l’actualité des scènes imaginées par Goya voici deux cents ans. «Ces images reflètent aussi l’état effrayant du monde d’aujourd’hui», commente Lita Cabellut.

Et c’est vrai. On reçoit l’effet en pleine gueule. D’autant plus que, si les gravures de Goya sont de petit format, les oeuvres de Cabellut sont, dans l’ensemble, plus grandes que nature. C’est impressionnant. L’exposition, qui s’est d’abord tenue à Madrid, sera visible quelques mois encore au musée Jan (jusqu’en mars 2027). Le musée n’est pas d’un accès ultra-facile, il faut se donner un peu de mal pour y arriver, mais je vous l’assure, ça vaut vraiment le coup.

Informations pratiques

Museum Jan, Dorpsstraat 50, 1182 JE Amstelveen, +31 (0)20 641 57 54 | Email: info@museumjan.nl.
Billets: adultes €14,50, 13-18 ans €7,50, <13 ans, Museum Card, ICOM, etc : accès gratuit. Pour y arriver, vous trouverez toutes les indications (en anglais) ici (le plus facile, c’est en voiture). Jusqu’au 14 mars 2027. Ouvert du mardi au dimanche: 11.00 h -17.00 h (fermé le lundi, le Jour du Roi, 27 avril, Noël et le Jour de l’an).

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English version

Lita, Francesco and the world’s ordeals

Lita Cabellut recreates Goya’s ‘‘Disparates’’

Practical information

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Let me tell you first how the Spanish-Dutch artist Lita Cabellut came into possession of Francesco de Goya’s engravings ‘‘Los Disparates’’ (‘‘The Disparates’’) by Francisco de Goya. It is rather a good story

Salle d'exposition contenant des œuvres d'art en noir et blanc, avec des sculptures accrochées au mur et un plafond réfléchi.
A room in Museum Jan, with Cabellut’s works and Goya’s engravings


It happened in Madrid. Cabellut had answered at length the questions – many questions –          of a young woman, a student. Later, this student’s mother sent the artist a beautiful book to thank her. Embarrassed by such a gift, Lita Cabellut went to the mother’s second-hand bookstore to thank her in return. The bookseller showed her around the store, the artist noticed a book like no other, with a yellowish green cover. It was a copy of ‘‘Los Disparates’’, by Francisco de Goya (1746 – 1828). A second printing. ‘‘Ah’’ said Lita Cabellut, ‘‘I could never afford that.’’ ‘‘Neither can I afford one of your works,’’ the bookseller replied. And the deal was made.
Once in possession of this extraordinary book, Cabellut felt compelled to create something in relation to this book, to pay homage to Goya, in a way.

But first, who is she, this artist who is now showing her version of the ‘‘Disparates’’ in the pretty little Jan Museum, on the outskirts of Amsterdam? Born in 1961 in a village in Aragon to Roma parents, Lita grows up in Barcelona, where – according to Wikipedia – she is left in the care of her grandmother, while spending her days on the street. At the age of twelve, after the death of her grandmother, she is adopted. When she discovers the Prado and the artists exhibited there – including Goya, Velasquez, Rembrandt – she decides to become an artist.

At the age of 17, she has her first exhibition. Two years later, she moves to the Netherlands, where she receives her artistic training at the Rietveld Academy, and where she has lived ever since.

Installation artistique comprenant une sculpture en cuir de couleur grise sur une table ornée, accompagnée d'une toile abstraite en arrière-plan.
Lita Cabellut, The Exhortations, and (foreground) Portrait of Goya

During her career, Lita Cabellut has had many exhibitions and received many honours. Her work has been shown from Barcelona to Seoul, from Berlin to Bombay, from Zaragoza to Hudiksvall in Sweden. Online, you will find some of her works on the website of the Jan Museum, of course, on the site of the Academy of Fine Arts of San Fernando and also, among others, on that of Opera Gallery, or on her own website.

Small, lively, dark, she creates huge works. Larger-than-life portraits, often in greys and blacks, which she sort of bars with coloured or white paint. In some of her paintings, such as her ‘‘Disparates’’, it is as if the characters are actually behind bars – or were caught in a shower.

Une artiste se tenant derrière des toiles exposées dans une galerie d'art, avec des peintures expressives en noir et blanc en arrière-plan.
Lita Cabellut among her works. Photo Lluc Queralt.

As to Goya’s work, ‘‘The Disasters of War’’, a series of etchings and engravings he made a few years before ‘‘Los Disparates’’ and maybe better known, is already pretty dark and so different from his earlier portraits, made during the years Goya was artist in residence at the Royal Court of Spain, when he painted the royal family, or the pretty countesses and duchesses… But indeed, in those early years of the 19th century, when Napoleon’s wars hit the people all over Europe, in Spain like elsewhere, Goya had reasons enough to be gloomy.

‘‘Les Disparates’’ (also called ‘‘The Dreams’’ – one could have said ‘‘Nightmares’’…) are, if possible, even darker than ‘‘The Disasters of War’’. Yes, Goya does add a touch of humour, but this humour is black as ink. Actually, he does make fun of the human condition and the human weaknesses, but he does so grinding his teeth – and against a background of war, poverty and misfortune…

For her version of ‘‘Los Disparates’’, Lita Cabellut had actors take the attitudes and expressions of a selection of Goya’s characters. Then, she poured white paint – or something similar – over them (over the actors, yes!) and painted them on a large canvas. She also made some sculptures. Extravagant and theatrical though they are, these figures embody perfectly the scenes imagined by Goya two hundred years ago. ‘‘And these images also reflect the frightening state of the world as it is today,’’ comments Lita Cabellut.

This is true. It hits you in the face. Even more so since Cabellut’s works are, more often than not, larger than life, however small Goya’s engravings may be. It is impressive. The exhibition, which was first held in Madrid, will be on display till March 2027 at the Jan Museum. The museum is not very easy to access, but your effort will be rewarded. It is worth it, believe me.

Practical information

Museum Jan, Dorpsstraat 50, 1182 JE Amstelveen, +31 (0)20 641 57 54 | Email: info@museumjan.nl.
Tickets: adults €14,50, 13-18 ans €7,50, <13 ans, Museum Card, ICOM, etc : free access. To get there, you will find all the necessary indications here (the easiest way is by car). Until 14 March 2027. Open Tuesday through Sunday: 11:00 am – 5:00 pm (closed on Mondays, the King’s Birthday, 27 April, Christmas and New Year’s Day).

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