Un gorille, des corsets… et la mode, thème de cette foire artistique d’Amsterdam
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Vous êtes salué par un immense gorille. Ou plutôt non: avant d’entrer à la PAN Amsterdam proprement dite, sur le terrain de la foire, ce sont des corsets qui vous invitent à vous rendre à cet événement annuel. Des corsets? Quel rapport avec l’art? Eh bien, justement, cette année, le thème de PAN Amsterdam est la mode. Une mode, il est vrai, qui s’arrache à ce corset, dessiné par la créatrice de mode Tess van Zalinge, elle-même présente par un stand à PAN.
La mode, au sens large, les tissus… et voilà que vous vous trouvez nez à nez, dès l’entrée, par ce gorille immense (3,50 m), et un peu effrayant, bien qu’en jean et sponsorisé par G-Star. Les créateurs de ce monstre que l’on veut pourtant accueillant, sont les taxidermistes-artistes Darwin, Sinke & Van Tongeren (pseudo qui couvre deux personnes, Ferry Van Tongeren et Jaap Sinke). Pourtant, aucun animal réel ne se cache dans cette oeuvre, faite entièrement de textile, et qui, en fin de compte, est plus bienveillant – et accueillant – qu’il n’y paraît au premier abord.

D’ailleurs, le public, manifestement, ne s’est pas laissé effrayer par le gorille, puisqu’il est accouru par dizaines de milliers – rien que le premier weekend. Déjà le samedi d’ouverture – pourtant sur invitation uniquement – la cohue semblait plus dense encore que d’habitude. Et les visiteurs – dont pas mal de représentants de musées – paraissaient avides d’acheter.
Personnellement, j’ai décidé de me laisser guider, du moins en partie, par le hasard. Bien sûr, j’ai rendu visite aux «suspects usuels», mais pour cette première visite, je me suis surtout cantonnée à l’art proprement dit (en laissant de côté, pour le moment, les bijoux, l’archéologie, et les antiquités), bien que je n’ai pu résister à quelques stands d’art nouveau et d’art déco… Ce faisant, j’ai surtout cherché la surprise, l’inattendu.
Une des premières surprises m’attendait pourtant chez une vieille connaissance, Lawrence Steigrad (stand 42), de New York, toujours fidèle à cette foire-exposition d’Amsterdam. Steigrad est spécialisé dans les «petits maîtres» des 17e et 18e siècles. Il sait toujours dénicher des perles, et la «cuvée» 2026 ne fait pas exception. Mais au milieu de ces tableaux anciens trônait un grand tableau de la fin du XIXe siècle: une peinture de Thérèse Schwartze, représentant des orphelines en uniforme de l’orphelinat municipal, chantant autour d’un piano. J’en avais le souffle coupé. Inutile de dire que l’Amsterdam Museum, le musée municipal qui occupe maintenant les lieux – en travaux encore pour quelques années – rêve de récupérer cette pièce maîtresse. Je lui souhaite de réunir les fonds nécessaires (peut-être grâce à l’aide de quelques mécènes?). Lawrence Steigrad, lui, en serait ravi aussi.

Juste derrière le stand de Steigrad se tient celui de la Borzo galerie (36), consacrée à une catégorie d’art entièrement différente: l’art minimaliste – encore que, tout comme leur voisin, les propriétaires de la galerie se permettent bien quelques écarts, quelques clins d’oeil – d’où toujours des surprises. Une des oeuvres d’art qui attirent l’oeil cette fois-ci est une toile du peintre français Jean Gorin (1899-1981); il était un disciple de Piet Mondrian, et cela se voit. Par sa couleur, cette toile contraste avec les sculptures de Carel Visser (1928-2015), ici dans une version lilliputienne, l’été dernier dans les jardins du Rijksmuseum en version gigantesque.

La galerie anversoise/gantoise noon présente aussi de l’art minimaliste, mais également des courants artistiques très différentes. Ainsi, un de leurs poulains – ou pouliches – est Elisia Poelman, dont l’art n’a rien de minimaliste. Et ils ont des oeuvres faites par David Hockney sur son i-pad, surprenant à l’époque tout le monde. Intéressant aussi, dans un genre encore différent: une série de découpages d’Ai Wei Wei, ainsi qu’un immense livre sur son oeuvre, mystérieusement emballé dans un foulard…
Qu’ai-je vu d’autre? Trop de (belles) choses pour toutes les nommer ici. Je vous citerai juste quelques oeuvres qui m’ont touchée pour une raison ou une autre. D’abord, les nombreuses peintures de fleurs, souvent (pas toujours) faites par des femmes; évidemment, les fleurs – sujet innocent – faisant depuis toujours partie des sujets ‘autorisés’ pour les artistes femmes. On connaît les fameuses peintures de fleurs de Rachel Ruysch (1664-1750, voir le stand de Bijl-Van Urk, 75 & 77), de Maria van Oosterwijck (1630-1693), et autres. Je ne connaissais pas, par exemple, Gerardine Van de Sande Bakhuyzen (1826-1895); pourtant, ses peintures de fleurs valent le coup d’oeil.
Plus connue est – du moins aux Pays-Bas – la sculptrice Lotti van der Gaag (1923-1999) dont, durant sa vie, je n’étais éloignée que «d’une seule poignée de main», comme on dit, et que curieusement, je n’ai jamais rencontrée. Mais je connais son oeuvre, et chaque fois que je tombe dessus, je suis émue. Comme par cette petite sculpture chez Art Fauve (stand 84), où d’ailleurs, j’ai été touchée aussi par quelques oeuvres sur papier de Marino Marini (1901-1980), comme cette litho, «Jongleur et deux chevaux» (1951).


Je ne voudrais surtout pas oublier le musée qui, cette fois-ci, honore PAN de sa présence. Chaque année, PAN invite un musée – de préférence un «petit» musée régional – à se présenter au public. Cette fois-ci, c’est le musée municipal d’Alkmaar (Stedelijk Museum Alkmaar, stand 53), qui possède une grande collection d’oeuvres d’artistes de la région, et en particulier de ceux qu’on appelle «l’École de Bergen» (Bergense School). Mais oui, le village charmant de Bergen (rien à voir avec la ville de Bergen en Norvège), lové dans les dunes, avait son «école», tout comme Fontainebleau ou Barbizon (ou, ailleurs aux Pays-Bas, La Haye ou Laren). Ceux de Bergen (à partir de 1910, jusque vers les années 1950) peignaient les paysages de la région, bien sûr, les dunes (boisées dans cette région!), la mer, les fermes, et leurs habitants, tout comme le faisaient leurs collègues d’ailleurs. À paysage rugueux, balayé par les vents, peinture rugueuse, expressionniste. Mais, comme leurs collègues d’ailleurs, ces artistes ne s’en tenaient pas là, ils allaient voir ailleurs aussi, en Europe du Sud, et en France notamment, là où se trouvaient l’avant-garde et les grands exemples contemporains. Parmi ces voyageurs, Matthieu Wiegman (1886-1971), qui admirait Paul Cézanne. Parmi ses paysages, certains rappellent en effet ceux de Cézanne. Son frère aîné, Piet Wiegman (1885 – 1963), s’est mis à la peinture plus tard. Il était autodidacte – mais il ne se contentait pas de manier les pinceaux. Il était aussi sculpteur, céramiste, graveur, notamment sur bois…
Ceci dit, la région avait ses artistes depuis des siècles, et plusieurs d’entre eux avaient des carrières europénnes.
Je ne nommerai que Maarten van Heemskerck (1498-1574), originaire du village du même nom, mais qui a fait une belle carrière à Rome. Quant à Caesar van Everdingen (1616-1678), issu d’une famille de peintres, il maniait aussi bien le genre, bien de son siècle, des allégories grecques ou romaines, que celui, bien néerlandais, de «Schuttersstukken», de grands portraits de groupe de compagnies de tireurs.
Je ne nommerai que Maarten van Heemskerck (1498-1574), originaire du village du même nom, mais qui a fait une belle carrière à Rome. Quant à Caesar van Everdingen (1616-1678), issu d’une famille de peintres, il maniait aussi bien le genre, bien de son siècle, des allégories grecques ou romaines, que celui, bien néerlandais, de «Schuttersstukken», de grands portraits de groupe de compagnies de tireurs.
Un des peintres du 16e siècle, Jan van Scorel (1495 – 1562), avait des ambitions qui allaient bien plus loin que la toile ou le panneau à peindre. Il a fait le projet d’assécher toute une région fréquemment inondée au Nord d’Alkmaar – ce qui aboutit à la création de l’un des polders les plus anciens du pays. Le musée d’Alkmaar y consacre une exposition, «Van water naar land», ou «l’eau devient terre», qui montre l’importance de l’imagination des artistes.


Il y aurait bien d’autres oeuvres, d’autres artistes à mentionner, notamment contemporains. L’espace me manque, rendez-vous dans quelques jours…
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Informations pratiques
PAN Amsterdam 2026, RAI Centre de conférences, Hall 8, Europaplein, 1078 GZ Amsterdam, tél. +31 (0)20 549 1212 (gares: RAI, Zuid, ligne de métro 52, tram 4, bus 62.). Il y a un parking sur place. Réservation possible en ligne.
Billets: en ligne €28,50 (+ €1.50 booking fee = €30.00 au total): Sur place: €32,50.
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English version
PAN 2026: about corsets, gorillas, fashion and… yes, art of course
At the entrance of PAN 2026, you are greeted by a huge gorilla. But before that, on the trade fair grounds, big posters showing bursting corsets invite you to this annual event. Corsets? What do they have to do with art? Well, this year, the theme of PAN Amsterdam is fashion. Represented by this corset, torn apart as if to free the person wearing it, and created by fashion designer Tess van Zalinge, who herself has a stand at PAN.

In this case, fashion is taken in the broadest sense, sometimes extremely broad… and this is why, upon entering, you come face to face with this huge gorilla (3.50 m), somewhat scary, although made from denim and sponsored by G-Star. The creators of this monster, supposed to be welcoming, are the taxidermist-artists Darwin, Sinke & Van Tongeren (a pseudonym that covers two people, Ferry Van Tongeren and Jaap Sinke). However, no actual animal is hidden in this work, made entirely of textile, and which, eventually, is more benevolent – and welcoming – than it looks at first glance.
Moreover, the public, obviously, are in no way frightened by the gorilla, since from the start they flock by the tens of thousands. As soon as the art fair opened, the crowd seemed already denser than usual. And the visitors – at that time only on invitation – seemed eager to buy.
Personally, I decided to let myself be guided this time, at least in part, by chance. I wanted to be surprised.

However, the first surprise awaited me at the stand (42) of an old acquaintance, Lawrence Steigrad, from New York, who is always a regular at this Amsterdam fair. Steigrad specialises in the « little masters » of the 17th and 18th centuries, among which some real gems, and the 2026 « vintage » is no exception. But the main gem, this time, was not an old master, but a late nineteenth century one, painted by a woman, Thérèse Schwartze, and depicting girls in the uniform of the municipal orphanage, singing around a piano. I was breathless. Needless to say, the Amsterdam Museum, which now occupies the premises of the orphanage – under construction for a few more years – dreams of acquiring this masterpiece. I wish them to raise the necessary funds (perhaps with a little help from their friends?).
Just behind the Steigrad stand is that of the Borzo Gallery (36), dedicated to an entirely different category of art: minimalist art – although, just like their neighbour, the owners of the gallery allow themselves a few deviations, a few winks – hence always surprises. One of the works of art that catches the eye this time is a painting by the French painter Jean Gorin (1899-1981); he was a follower of Piet Mondrian, and it shows. By its colour, this canvas contrasts with the sculptures of Carel Visser (1928-2015), here in a Lilliputian version, a big contrast with the huge versions in the gardens of the Rijksmuseum last summer.
The Antwerp/Ghent gallery noon (52) also represents minimalist artists, but very different artistic currents too. For example, one of their protégé(e)s is Elisia Poelman, who paints luxurious gardens, not minimalist at all. And they have a few of those works David Hockney painted on his i-pad, surprising everyone when he started doing this. Interesting too, in an even different genre: a series of cut-outs by Ai Wei Wei, as well as a huge book on his work, mysteriously wrapped in a scarf…

What else have I seen? Too many (beautiful) things to name them all here. I will just mention a few works that touched me. First, there were quite a few paintings of flowers, often (but not always) made by women; obviously, flowers, ‘innocent’ as they are, have always been ‘allowed’ subjects for women artists. Just think of the famous flower paintings of Rachel Ruysch (1664-1750, see the stand of Bijl-Van Urk, 75 & 77), Maria van Oosterwijck (1630-1693), and others. Gerardine Van de Sande Bakhuyzen (1826-1895), on the other hand, was unknown to me, but her flower paintings are certainly worth a look.


Better known – at least in the Netherlands – is the sculptor Lotti van der Gaag (1923-1999); from whom, during her lifetime, I was only, as they say, « one handshake away », and whom somehow, I never met. But I do know, and appreciate, her work; it often moves me. Like this small sculpture at Art Fauve (stand 84), where I was also touched by some works on paper by Marino Marini (1901-1980), such as this lithography, « Juggler and Two Horses » (1951).


Every year, PAN invites a museum – preferably a « small » regional museum – to present itself to the public. This time, it is the Alkmaar Municipal Museum (Stedelijk Museum Alkmaar, stand 53), which has a large collection of works by artists from the region, and in particular the so-called « Bergen School« . Yes, the charming village of Bergen (nothing to do with the city of Bergen in Norway), nestled in the dunes, had its « school », as did Fontainebleau or Barbizon (or, elsewhere in the Netherlands, The Hague or Laren). Those in Bergen (where the first artists arrived around 1910) painted the landscapes in the region, of course, the dunes, the sea, the farms, and their inhabitants. This rough, windswept landscape led to rough, expressionist painting. But, like their colleagues elsewhere, these artists travelled, to Southern Europe, and to France in particular: to where avant-garde and the great masters were to be found. Among these travellers, Matthieu Wiegman (1886-1971), who admired Paul Cézanne. Some of his landscapes are indeed reminiscent of Cézanne’s. Matthieu’s older brother, Piet Wiegman (1885 – 1963), took up painting at a later age. He was self-taught – but he was extremely gifted, and not only did he paint, he was also a sculptor, ceramist, and engraver…
Artists from the past…
/The “Bergen school” artists were not the first ones in the region, quite the opposite; there had been artists for centuries, and among them, several had European careers. I will only mention Maarten van Heemskerck (1498-1574), who came from the village of the same name, but who had a successful career in Rome. As to Caesar van Everdingen (1616-1678), who belonged to a family of artists, he painted portraits as well as Greek or Roman allegories, and he also practised the very Dutch genre of “schuttersstukken”, portraying companies of (voluntary) marksmen.
One 16th century painter, Jan van Scorel (1495-1562), had ambitions that went far beyond the canvas to be painted. He wanted to reclaim frequently flooded wetlands north of Alkmaar – which eventually resulted in the creation of one of the oldest polders in the country. The Alkmaar Museum is dedicating an exhibition to it, « From Water to Land », which shows the importance of the imagination of artists.

There are many other art works, other artists to mention, especially contemporary. I will mention some in a few days’ time. See you soon…
Practical information
PAN Amsterdam 2026, RAI Centre de conférences, Hall 8, Europaplein, 1078 GZ Amsterdam, tél. +31 (0)20 549 1212 (gares: RAI, Zuid, ligne de métro 52, tram 4, bus 62.). Il y a un parking sur place. Réservation possible en ligne.
Billets: en ligne €28,50 (+ €1.50 booking fee = €30.00 au total): Sur place: €32,50.
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