Sobriété et extravagance

PAN Amsterdam 2024
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Hyperréalisme et surréalisme

Tendances ? C’est curieux. Autant, à Paris (Art Basel Paris et AKAA), j’étais frappée de voir le nombre grandissant d’oeuvres d’art à base de, ou du moins faisant usage de matières textiles, autant ici, à Amsterdam, j’en voyais peu, juste « les suspects habituels », comme Claudy Jongstra. Par contre, en matière de peinture, j’ai constaté, aussi bien au Grand Palais qu’au centre d’expositions RAI que l’hyperréalisme est parmi les grands favoris. Hyperréalisme mêlé de surréalisme parfois, mais aussi combiné avec des sujets disons très quotidiens, voire prosaïques. Il y a des galeries qui se sont spécialisées dans l’hyperréalisme (comme Harms Rolde, qui parle plutôt de réalisme moderne), mais il n’y a pas qu’elles, loin de là.

Et, curieusement, la photographie semble souvent s’inspirer du surréalisme. Il y a beaucoup de mises en scène, beaucoup de situations qui semblent relever du rêve, ou du surréalisme tout court. C’est là, certainement, qu’on retrouve une certaine extravagance.

Passion

Il y a des artistes qui échappent aux tendances, et des marchands d’art qui se passionnent pour ces artistes-là. Prenez les tableaux de Ben Akkerman (1920-2010). Originaire de l’Est des Pays-Bas,  Akkerman (dont le nom, entre parenthèses, signifie « homme des champs ») a commencé comme peintre paysagiste. Petit à petit, ses tableaux sont devenus de plus en plus sobres, les formes de plus en plus simplifiées jusqu’à devenir minimalistes. Ses oeuvres – peu nombreuses – s’insèrent parfaitement dans le mouvement Zéro (Jan Schoonhoven, Jan Henderikse) dont plusieurs artistes font partie de « l’écurie » de la Borzo Gallery, où ouvrira bientôt une exposition de l’œuvre d’Akkerman (5-20 décembre 2024).

Ci-contre: Ben Akkerman, Untitled, 1976. Borzo Gallery.


Cependant, Paul van Rosmalen, propriétaire de  la galerie, regarde « ses » Akkerman avec une tendresse, une fierté particulières. « J’ai mis des années à collectionner ça, » dit-il en balayant l’espace d’un geste. Et quand je fais remarquer que sous cette apparente simplicité, on peut tout de même reconnaître un paysage : « Regardez ces lignes. Pas une n’est pareille à une autre… » C’est vrai et c’est ce qui rend ces oeuvres fascinantes en effet.

Passionnée aussi, cette collaboratrice de Fontana, galerie d’Amsterdam qui combine la photographie avec l’art disons textile. Contrairement à ce que j’avais constaté à Paris (Art Basel Paris et AKAA), ici, à PAN Amsterdam, on ne voit pas beaucoup oeuvres à base de textile. C’est curieux, ces tendances ne sont dont pas internationales ? Mais ici, à Fontana, on représente la « tisserande » Claudy Jongstra (voir ci-contre), qui fait des tapisseries superbes avec de la laine. Elle habite une région du Nord des Pays-Bas, la Frise, me raconte la galériste, et elle a son propre troupeau de moutons d’une race particulière dont la laine est très appreciée. Personnellement, j’aime beaucoup son travail, et j’aurais bien aimé pouvoir m’offrir une de ses tapisseries…

Fontana donne aussi dans la photo et à côté de quelques très bons photographes néerlandais (Ruud van Empel, Jacquie Maria Wessels, par exemple, qui, tous les deux, ont eu des oeuvres exposées au Rijksmuseum, ou bien Jan Banning), elle représente aussi le duo français Marchand & Meffre, fasciné par le ruines – à tel point que, après des séries sur Détroit en ruines, ou sur des salles de cinéma abandonnées, à présent, ils montrent Paris en ruines… à l’aide de l’intelligence artificielle… C’est très étrange et très inquiétant ; devant chaque image, on se demande ce qui est vrai et ce qui est inventé… Et en même temps, ces photos sont d’une beauté mélancolique, je dirais presque désuète.

Ci-contre : Ruud vanEmpel, Identity #1

Ancien ?

Encore de la photographie, et encore une forme de photographie qui renvoie au passé : celle de Hendrik et Paula Kerstens, père et fille, qu’on trouve à la galerie suisse Bildhalle. Vous en avez peut-être déjà vues, de ces photos où l’on voit une jeune femme – une adolescente, parfois – poser avec un couvre-chef bizarre, une serpillère, un sac en plastique, mais drapé de telle façon qu’on voit une coiffe, un chapeau, un turban. La jeune femme nous regarde, gravement, sereinement. « J’ai une serpillère sur la tête? Mais non, voyons, vous ne reconnaissez pas ma coiffure ancienne ? »
Immanquablement, le « tableau » rappelle un Vermeer, un Jordaens, un Rembrandt… Ça tient du pastiche, de la citation peut-être. Quoi qu’il en soit, le regard de la jeune femme nous tient captif.

C’est une série, apprend-on, qui est née plus ou moins spontanément. La fille, habituée à être photographiée depuis son plus jeune âge, s’est occupée de plus en plus de la mise en scène, et ce d’autant plus qu’elle est devenue historienne de l’art. À présent, le père et la fille sont véritablement les co-auteurs de ces photos, dont certaines sont devenues célèbres.

Ci-contre : Hendrik & Paula Kerstens, Blue Turban, 2015

Ancien !

Du pseudo-ancien à l’ancien véritable : passons chez le Newyorkais Lawrence Steigrad. Il en a vendu ou à vendre, des maîtres anciens, du Nord comme du Sud des Pays-Bas, de la Grande-Bretagne comme de leur ancienne colonie, l’Amériqe. Mais quand je lui demande quel est son tableau favori, alors sans hésiter il se dirige vers le tableau d’un inconnu (pour moi), Karel (ou Carel) van der Pluym (1625 – 1672), « cousin de Rembrandt », Steigrad précise-t-il, « et élève ». Le tableau s’intitule « Le peseur d’or » et c’est effectivement ce qu’il représente, un homme en train de peser de l’or, avec toute l’attention que cela demande. C’est un beau tableau, vendu lors d’une foire précécente. Mais lorsque l’acheteur a déménagé, il n’avait plus la place pour l’accrocher. Et M. Steigrad s’est dépêché de le racheter, presque comme s’il retrouvait son fils prodigue…

Karel (ou Carel) van der Pluym (1625 – 1672), Le peseur d’or (daté des années 1650).
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Par ailleurs, Steigrad a aussi aidé le Rijksmuseum d’Amsterdam à atteindre certains de ses buts, ou en tout cas de s’en rapprocher. C’est que le Rijksmuseum – comme sans doute bien d’autres musées – cherche à agrandir, à promouvoir et à approfondir sa collection côté femmes, tant en ce qui concerne les femmes artistes, que pour les femmes commanditaires ou collectionneuses d’oeuvres d’art ou bien concernant celles considérées comme de « simples » modèles. En ce sens-là, Lawrence Steigrad a aussi aidé le Rijksmuseum en lui vendant deux tableaux, à savoir La course de patin sur glace pour femmes à Leeuwarden, le 21 janvier 1809 par le peintre frison Nicolaas Baur (1767 – 1820) et le Portrait de Ott van Bronckhorst par Cornelia Toe Boecop (née >1561 – 1630-1634). Deux oeuvres intéressantes, à des titres différents. La première, parce qu’une course à patins à glace pour femmes étaient une rareté, et celle-ci (à laquelle participaient 64 femmes non mariées) était largement commentée dans les journaux de l’époque. Quant à Cornelia Toe Boecop, autrice de la seconde oeuvre (un portrait d’homme !) , il faut noter qu’elle a appris le métier, non par son père, un oncle ou un frère, comme il était de coutume tant que les femmes n’avaient pas droit à une formation « officielle », mais par sa mère, Mechtelt van Lichtenberg, dont on ne connaît plus que quelques oeuvres, et qui a enseigné la peinture également à son autre fille, Margaretha, dont une seule oeuvre est connue et conservée.

Il y aurait d’autres histoires à raconter. Les marchands d’art sont, comme je l’ai dit, des gens passionnés, qui aiment les oeuvres qu’ils achètent et qu’ils vendent. Mais comme je ne peux pas tout montrer ni tout raconter, je vais me contenter de vous soumettre une petite sélection. À vous de juger, et au besoin de jouer…

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Informations pratiques

PAN Amsterdam, Amsterdam RAI, Hall 8, Europaplein, 1078 GZ Amsterdam, Pays-Bas. 11 h – 18 h, dernier jour : dimanche 1er décembre 2024. Tickets en ligne € 26, sur place à PAN €29,-. Enfants de moins de 16 ans : gratuit. Pour plus d’information, appelez le  +31 (0)20 549 1212

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Practical information

English version

Sobriety and Extravagance at PAN Amsterdam

Among the art nouveau objects, there were still some works on offer by Gallé, Daum, Lalique or Muller Frères, and many more from formerly less known workplaces (Charles Schneider – although his works are much in demand these days, and pricey – , Edmond Lachenal, Le Verre français, Cristallerie de Pantin…). There were seats by Rietveld, Charles Eames, Børge Mogensen, Han Pieck, and many more designers, as welll as, of course, tables and cabinets Louis XV and Louis XVI. To name only those… There were objects from ancient China or Egypt, 18th century silver teapots, as well as present-day design of jewelry.

What struck me, once more, was the enthusiasm, the passion with which art dealers speak about ‘their’ artists, whether they are famous or not. Like Paul van Rosmalen (Borzo Gallery), who has several well-known ‘Zero’ or ‘Minimalist’ artists in his ‘stable’ (Carel Visser, Jan Henderikse, Jan Schoonhoven) and who beams when talking of someone like Ben Akkerman (1920-2010), a rare artist, who worked slowly and produced relatively few works, his landscapes becoming more and more abstract. It took several years to collect the works now on show at PAN 2024, Paul van Rosmalen says, and he stresses that apparently identical lines actually are all different. Akkerman’s work will also be on show in the Borzo Gallery (5-20 December 2024).

Borzo Gallery at PAN Amsterdam 2024. Works by Ben Akkerman on the left.

Passion again at the Fontana Gallery about Claudy Jongstra’s tapestries and the way she works – with wool from her own sheep! And about their photographers, like Ruud van Empel or Maria Jacquie Wessels (works of both of them were in an exhibition in the Rijksmuseum – and here, they are now for sale), or the French duo Marchand & Meffre, who are fascinated by decay – series about Detroit in ruins, or old and abandoned theatres – and they even used AI to show what Paris would look like if parts of it were, for instance, flooded, or shattered by an earthquake…

But let’s have a look at all this…

Practical information

PAN Amsterdam, Amsterdam RAI, Hall 8, Europaplein, 1078 GZ Amsterdam, Netherlands. 11 am – 6 pm, last day : 1 December 2024. Tickets online € 26, at PAN Amsterdam €29,-. Children under 16 : free. For more information, please call +31 (0)20 549 1212

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