Qui était Rembrandt?

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Que savez-vous, que savons nous de lui, exactement ? Ben… Il était Hollandais, né 1a Leyde (ville où Descartes a vécu), fils de meunier… Et puis, il a longtemps vécu à Amsterdam, bien sur, dans cette belle et grande « Maison de Rembrandt » justement, devenue musée, en plein centre de la ville et qu’il a dû vendre pour payer ses dettes. Est-il mort pauvre et oublié, ou est-ce un mythe ? Et qu’en est-il de la réception de sa fameuse Ronde de Nuit ? A-t-elle été refusée par les commanditaires, comme on le voit dans plusieurs films sur lui ? Était-elle ratée ? Les contemporains du peintre se sont-ils moqués de lui ?
Ou est-ce que, en réalité, on a bien apprécié le peintre et ce fameux tableau à leur juste valeur ? Les vues sur Rembrandt ont changé au cours des siècles ; même au cours du XXe siècle, les opinions des spécialistes ont pas mal évolué. Où est la vérité ? La connaît-on à présent?
(Ci-contre : affiche de l’exposition)

Homme du peuple

Rembrandt van Rijn était (et est encore, peut-être) souvent portraité en homme du peuple, homme simple. C’est notamment le cas dans plusieurs films qui lui ont été consacrés. On le voit habillé modestement,et il est bien conscient que les bourgeois, les notables de la ville sont ses supérieurs ; il se comporte en homme qui connaît sa place. Sa femme, Saskia van Uilenburgh, étant d’une famille bourgeoise, Rembrandt se serait donc marié au-dessus de son rang…
Ma foi… Son père, meunier, était un artisan indépendant et appartenait à la moyenne bourgeoisie. Il a envoyé son fils en apprentissage chez un bon peintre, il en avait les moyens. Ce n’était pas n’importe qui. Et le fils, lui, ne se prenait pas pour n’importe qui non plus. Il vivait sur un grand pied, recevant beaucoup, s’entourant d’un luxe relatif – la maison qui porte son nom en témoigne. Homme du peuple ? Voire…

Ci-contre : Charles Laughton dans le rôle de Rembrandt dans le film de Korda.

Héros national

Rembrandt n’est jamais tombé dans l’oubli après sa mort, mais on a mis un moment à lui reconnaître le statut et le talent qu’on lui reconnaît mondialement aujourd’hui. En 1718, un historien d’art néerlandais publia un recueil de biographies d’artistes néerlandais, dont Rembrandt, qu’il semblait apprécier moyennement. Rembrandt aurait peint « la réalité », sans l’améliorer. Et l’auteur, Arnold Houbraken, voit un rapport avec les origines « simples » du peintre (nous y revoilà). Quant au portrait de Rembrandt, il apparaît sur une page partagée avec deux autres artistes (dont une femme! C’est Anna Maria Schurman qui, en réalité, était plutôt savante qu’artiste).
Petit à petit, l’image de Rembrandt a commencé à grandir, à briller, jusqu’à être considéré comme un héros national. Un compositeur néerlandais, Cornelis Dopper (1870-1939) donna le nom de Rembrandt à sa troisième symphonie.

Cornelis Dopper (1870-1939) a baptisé sa troisième symphonie « Rembrandt ». Elle a été écrite en 1904 et revue en 1905. Dopper a son « médaillon » dans la galerie d’honneur dans la grande salle du Concertgebouw.

La gloire du maître est allée en s’amplifiant, jusqu’à atteindre son apogée lors du tricentenaire (1906). Dès 1920, la figure de Rembrandt a inspiré les cinéastes. Et bien souvent, on le dépeint en héros, reconnu comme tel par ses contemporains ou non. C’est dans un film de 1942, à l’apogée dus nazisme, que cette image de héros a pris une tournure un peu, disons, curieuse. Rembrandt y est dépeint comme victime de ses voisins juifs qui – lorsque le peintre se voit obligé de vendre sa grande maison, la lui rachètent à bas prix, contribuant ainsi à sa déchéance supposée, voire la provoquant. Ainsi, le cinéaste allemand fait d’une pierre deux coups. On s’approprie Rembrandt et le représente en héros du peuple germanique, tout en insistant sur le caractère détestable des Juifs. Nous sommes. répétons-le, en 1942, l’année de la création de la « solution finale »…

Artiste rebelle

Autre image fort tenace, notamment (encore) dans des films : celle du rebelle, de l’artiste refusant de suivre les conseils du maître.  Cette image subsiste en tout cas jusqu’en 2007, dans le film de Peter Greenaway consacré au grand peintre. Et ce alors qu’il n’y a pas d’indication que Rembrandt se soit rebellé au cours de son apprentissage chez Pieter Lastman. Mais l’image du rebelle est sans doute trop séductrice pour être abandonnée. Les mythes ont la vie dure.

Ci-contre : Photo du film « Rembrandt fecit 1669 » de Jos Stelling (1976).

Génie méconnu

Peut-être encore plus tenace : l’image du génie méconnu, qui aurait vu son chef d’oeuvre, La Ronde de Nuit, refusé par les commanditaires.
Là non plus, il n’y a pas d’indication sérieuse qui aille dans ce sens. Il n’avait plus de commandes pour des grands tableaux après? C’est qu’il ne les acceptait pas. Il préférait travailler sur des formats plus petits, qui se vendaient plus facilement aux collectionneurs. Il a fini pauvre et oublié de tous ? Que nenni. Certes, il a été obligé de vendre sa grande maison pour pouvoir payer ses dettes, dues à un train de vie bien au-dessus de ses moyens pourtant pas négligeables; mais la maison plus modeste où il a fini ses jours, au Rozengracht, était quand même loin d’être une petite bicoque misérable. Des notables – dont le bourgmestre – continuaient de lui rendre visite dans son atelier. Et après sa mort, il a eu un enterrement tout à fait honorable dans la grande « Église de l’Ouest » (Westerkerk).

Ci-contre : Nicolaas Pieneman, Rembrandt dans son atelier. 1852. Coll. Amsterdam Museum.

Saint

L’image du saint se crée surtout à  partir du tricentenaire de la naissance de Rembrandt, en 1906. Rembrandt est représenté dans des scènes de la Sainte Bible – cette Bible dont il a lui-même représenté d’innombrables scènes – comme la Crucifixion, ou le jeune Jésus au Temple, pour ne nommer que celles-là.  Ici, on voit Saint Lucas, le saint patron des peintres, qui s’agenouille devant le Grand Rembrandt…
Un guide Baedecker de cette époque montre un plan du Rijksmuseum dans lequel le tableau « La Ronde de Nuit », qui se trouvait (et se trouve) au bout de la Galerie d’Honneur, est représenté comme une sorte de retable…

Rembrandt était-il un saint ? Voire. Pas plus qu’un autre. il lui est même arrivé de se comporter en scélérat, notamment vis-à-vis de la servante, Geertje Dirkx, qui s’occupait des enfants survivants (la plupart étaient morts) après le décès de Saskia, l’epouse et grand amour de Rembrandt. Bien entendu, Geertje est devenue la maîtresse du peintre. Mais apparemmment, Rembrandt lui avait promis de l’épouser. Or, en ces temps-là, une promesse, même orale, tenait lieu de contrat, et le tribunal condamna Rembrandt à épouser sa servante. Ce que le peintre se refusa à faire pour des raisons d’héritage. Et avec le frère de Geertje, il a réussi à faire enfermer la pauvre femme dans un asile de fous, où elle est restée jusq’à la fin de ses jours…
Alors… Rembrandt, un saint ?

Ci-contre: Johan Braakensiek, Tricentenaire de la naissance de Rembrandt, 1906. Coll. Museum Rembrandthuis

Comment la Maison de Rembrandt perçoit-elle le peintre à présent ? Et çomment, d’après ce qu’on peut savoir, Rembrandt se voyait-il lui-même ? Ce qui est sûr, c’est qu’Il ne se prenait pas pour du pipi de chat, pénétré qu’il était de ses dons et de son savoir-faire. Peut-être même se voyait-il comme le meilleur artiste du monde. Autre trait de Rembrandt : c’est aussi un bon vivant, il reçoit, il vit sur un très grand pied, constitue une énorme collection d’art et d’objets de toutes sortes. Il s’endette, et ne rembourse pas ses dettes, même à ses amis – qui ne semblent pas lui en vouloir outre mesure.


C’est surtout le mythe du génie méconnu que les spécialistes de la Maison Rembrandt tiennent à percer. Ils montrent l’importance du réseau social du peintre. Ce réseau allait de la famille et des voisins de quartier (comprenant une communauté noire, qu’on retrouve dans les oeuvres de Rembrandt) aux amis. dont certains – comme son mécène Jan Six, membre d’une famille fort prominente de la ville, comprenant plusieurs bourgmestres – avaient de l’influence et du pouvoir. Et qui lui sont restés fidèles toute la vie.

De nos jours, on met plutôt l’accent sur la vie personnelle, voire intime. Ainsi, on a ajouté un berceau dans la salle de séjour – où, effectivement, on séjournait, nuit et jour. On cherche à pénétrer au plus profond de l’être – comme la voix, que le Rijksmuseum – propriétaire du plus grand nombre de tableaux du maître, dont La Ronde de Nuit – s’est efforcé de reconstituer…

Reconstruire la voix de Rembrandt (en anglais) – Reconstructing Rembrandt’s voice (English spoken)
Et nous, les regardeurs ?

Quelle était l’image que vous aviez de Rembrandt avant de voir l’exposition ? Et après ? Laissez-vous guider par ce que vous voyez (notamment dans la salle supérieure transformée en cinéma), par ce qu’on vous montre, et (re)formulez votre opinion…

Informations pratiques

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English summary

Practical information

What kind of a Rembrandt (1609-1669) do we see here, in this self-portrait? Yes, a proud artist, self-assured, conscious of his place in society.
That was not always the image that one had of the famous painter. For a long time, he was seen as a misunderstood genius, a man of the people moreover, simple and modest, identifying with working class people.

Shown here : Rembrandt, Self-Portrait, sketching near a window. 1648. Coll. Rembrandthuis.

But Rembrandt is also seen as a rebel, rejecting the lessons of his master, and this, too, was a rather tenacious image.
Later, he became a hero, and then – around the tricentenary, in 1906) a saint
These images are shown in art works by other artists, in books, and, from the 20th century on, in films, all part of this interesting exhibition.)
Shown here: Jean-Baptiste Madou, Mayor Six visiting Rembrandt in his atelier. 1838-1841. Coll. Rijksmuseum.

Today, we know Rembrandt wasn’t really working class (his father, as a miller, owned his own business, the family were rather well off) and we don’t see him anymore as a lone rebel, or a misunderstood genius and – though he had to sell his big house in order to pay his debts – he didn’t die poor or forgotten.

These days, though we admire his art (maybe even more than in past centuries), we don’t worship him any more as a hero, still less as a saint. What we do like to see, and to know, is what he was as a human, how he lived – and loved, and created his works of art.

Shown here, Bernardus Theodorus van Loo, after Jan Hendrik van de Laar, Rembrandt in his studio, 1847-1863.
Collection Rijksmuseum Amsterdam.

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2 commentaires

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