« J’ai encore fait le Vincent aujourd’hui »

Isaac Israels et sa fascination pour Van Gogh
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Mais commençons par le commencement.  Il y avait deux frères, les Van Gogh : Théo, le marchand de tableaux, et Vincent, le peintre « maudit ». Malgré les efforts de Théo, à la fin de sa courte vie (1853-1890), Vincent n’avait vendu qu’un seul tableau… Mais ses oeuvres commençaient à s

Vincent Van Gogh, La vigne rouge de Montmajour, 1888. Acquis par Anna Boch en 1890, actuellement au Musée Pouchkine à Moscou.

Inutile de dire que Vincent ne pouvait vivre de son art. C’était son frère qui l’entretenait, qui lui procurait l’argent pour acheter de la peinture, des toiles, encore et encore. Ils étaient très liés, et s’écrivaient sans cesse, Vincent partageant ses doutes et ses joies, ses trouvailles, en tant qu’artiste, mais aussi ses moments de dépression ou de folie. Comme on sait, il a été interné à la maison de santé de Saint-Rémy après s’être coupé une oreille. Pourtant, malgré ses moments de grande confusion, il y est très productif, il fait quelque 150 tableaux durant l’année qu’il y passe. Entretemps, il commence à être un peu connu, grâce à deux expositions, l’une au Salon des Indépendants à Paris, l’autre chez Les Vingt à Bruxelles, où il a vendu La Vigne rouge de Montmajour. Sorti de la maison de santé de Saint-Rémy au printemps 1890, il quitte la Provence pour se rendre à Auvers-sur-Oise, plus près de Paris, où Théo pourra aller le voir plus facilement. Là, de nouveau, il peint comme un fou. Mais, alors qu’on le croyait en sécurité aux bons soins du docteur Paul Gachet, Vincent fait une dépression et finit par se tirer une balle dans le coeur. Il meurt deux jours plus tard, le 29 juillet 1890, en présence de Théo.

Comme on se doute, Théo est très affecté par la mort de son frère. Mais sa santé à lui est chancelante aussi; ayant donné sa démission à Boussod, le marchand de tableaux chez qui il travaillait (et qui avait pris la succession de Goupil), Théo est hospitalisé dans son pays natal, à Utrecht. Il y meurt en janvier 1891, à peine six mois après son frère.

Jo, sa jeune veuve de 28 ans, mère d’un petit garçon nommé Vincent Willem d’après son oncle, se retrouve donc seule – mais en possession de l’immense collection des oeuvres de son beau-frère : plus de 850 tableaux et presque 1300 oeuvres sur papier.

Ci-contre: Isaac Israëls, Portrait de Vincent Willem van Gogh, 1894, Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation). Jo était ravie d’avoir ce petit portrait de son fils.

Jo s’installe à Bussum, un village d’artistes près d’Amsterdam, où elle ouvre une pension de famille. En même temps, elle s’est attelé à la tâche de faire connaître l’oeuvre de Vincent. Elle organise des expositions, prête des oeuvres à des institutions renommées, et finit par en vendre quelque 200 (dont un exemplaire des « Tournesols » à la National Gallery de Londres). La renommée de Vincent grandit au fur et à mesure. Non contente de faire connaître les tableaux, elle publie aussi la correspondance de Vincent et Théo, qu’elle traduit même en anglais, langue qu’elle possédait à fond. En 1925, quand Jo meurt, Vincent Van Gogh est célèbre dans le monde entier.

C’est Vincent jr (dit « l’ingénieur », d’après sa profession) qui se retrouve à la tête de l’héritage – pour lequel on finit par construire un musée spécial (1973), devenu le musée à succès que l’on sait.

Un des « Tournesols » de Van Gogh, l’exemplaire resté dans la collection de la famille, puis de la Fondation Van Gogh, et exposé au Musée Van Gogh; actuellement, ce tableau fait partie de l’exposition temporaire « Jaune! » , très intéressante exposition multisensorielle, au musée Van Gogh à Amsterdam.

Mais revenons à sa mère, Jo, et à sa vie à elle. Jeune et jolie veuve, femme active, elle est entourée d’artistes avec qui elle se lie d’amitié. Il y en a un en particulier, l’impressionniste Isaac Israëls, lui-même fils de peintre (Jozef Israëls, de l’École de La Haye), avec qui elle avait des liens forts – disons d’amitié amoureuse. Leur amitié a duré jusqu’à la fin de la vie de Jo, bien qu’il y ait eu une période d’éloignement, faisant suite à un épisode plus fougueux.

Ce qui nous intéresse surtout ici, c’est l’aspect artistique de cette amitié. Non seulement Isaac Israëls a fait quelques très beaux portraits de Jo et du petit Vincent, mais il a utilisé quelques oeuvres du « grand » Vincent dans une vingtaine de tableaux à lui, des portraits où elles figurent en arrière-plan. « J’ai encore fait le Vincent », écrivait Isaac dans une de ses nombreuses lettres à Jo – ce qui voulait dire qu’il avait « encore » utilisé un (ou même deux) tableaux de Vincent Van Gogh comme décor à un portrait.

Une des salles de l’exposition « Isaac Israëls captivé par Van Gogh » ; au fond, on voit des photos de l’appartement de Jo Bonger-Van Gogh, avec aux murs des oeuvres de Vincent. Dans la glace, on voir le reflet de l’un des tableaux d’Israëls, « Femme assise devant les Tournesols de Van Gogh».

Dix de ces portraits sont actuellement exposés au beau petit musée De Mesdag Collectie (à ne pas confondre avec le Panorama Mesdag, à quelques rue de là). Ce sont surtout les Tournesols qu’on voit dans ces tableaux – mais il y a aussi La maison jaune. Allez donc voir cela, ça vaut le coup. Et quand vous aurez vu l’exposition, montez aux étages, et admirez la collection du couple Mesdag (tous deux peintres aussi), qui comprend notamment un grand nombre d’oeuvres de l’École de Barbizon comme de l’École de La Haye.

Et, tant que vous t êtes, faites-vous photographier devant deux (reproductions de) tableaux iconiques du grand Vincent…

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« I vincented again today »

The painter Isaac Israels captivated by Van Gogh
Isaac Israëls, Prof. dr. mr. Isaac Bennie Cohen and his wife Jacqueline Wilhelmine Longépée, 1915-1916, oil on canvas, private collection; in the background Van Gogh’s The Yellow House and The Sunflowers.

Vincent van Gogh has become such a household name, that we can hardly imagine the painter being unknown and poor. Yet, that is how he lived. At the end of his short life, his work started to be shown here and there, but when he killed himself in 1890 (his depression being worsened by his worries about his lack of income), he had sold only one painting, The red vineyard at Montmajour. Hardly six months after Vincent’s death, his brother Theo – the art dealer, who had always supported him, morally and financially – fell ill and died as well. He left a young widow, Jo, and a year-old son, named Vincent after his uncle.

Jo Bonger – Van Gogh with baby Vincent Willem Van Gogh, 1890. Photo Raoul Saisset (1859 – ?)

Jo knew many artists, some of whom she had already met in Paris, where her husband Theo was an art dealer. One of these artists was Isaac Israëls, whose father Jozef was also a talented artist, belonging to what was called the The Hague School. Isaac and Jo became close friends, even more than that for a while. But Jo understood soon enough that Isaac was « not the marrying type » and that their relationship couldn’t last. So they went separate ways – but a few years later, their friendship took on again, in a different mode, and it lasted until Jo’s death. Their letters – or at least the letters Isaac wrote to Jo – are published online.

A big exhibition Jo organised in the then relatively new Stedelijk Museum Amsterdam, which contributed largely to Vincent’s fame

Isaac Israëls too discovered Vincent Van Gogh’s paintings. He saw them at Jo’s place. Israëls bought some, and… borrowed a few of them. It is hardly imaginable these days, but he borrowed The Sunflowers as well as The Yellow House and The Bedroom. These works appear in the background of 17 of his portraits. « I have been vincenting again today », wrote Isaac to Jo in one of his letters. Ten of these « vincented » works are presently on show in Museum De Mesdag Collectie, a pretty gallery in The Hague, close to the Peace Palace (and not to be mistaken for the Panorama Mesdag, a few streets away).

More about the Mesdag Collectie
A room of the Isaac Israels-exhibition in the Mesdag Collectie. In the background a photo of Israëls’ studio.

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