Ovide, les Metamorphoses, et une belle exposition sur le thème: tout se transforme, rien de disparaît…
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Il en faisait de belles, Jupiter – ou Zeus, si vous préférez. Il séduit à droite et à gauche – et si sa séduction ne joue pas, il enlève, il viole, il ne fait que suivre son désir. #metoo avant la lettre, bien avant. Pour parvenir à ses fins, il se transforme, en cygne, en aigle, en taureau… même en pluie d’or. Et pour masquer ses méfaits, il transforme aussi sa victime. La pauvre Io, hop, devient vache, pour éviter la jalousie de Juno, son épouse, dont les colères étaient aussi célèbres que les coups de son scélérat de mari.

Et les moindres dieux? Ma foi, ils n’étaient pas meilleurs. Prenez Minerve/Pallas. Furieuse parce qu’Arachne s’était avérée meilleure tisserande qu’elle-même, la déesse ne fait ni une, ni deux, et change la pauvre femme en araignée. Apollon, lui, il poursuit la pauvre nymphe Daphné de ses ardeurs dont elle ne veut pas et qui n’a d’autre échappatoire que de se transformer en laurier…

Encore mieux – façon de parler : les femmes étaient punies pour les méfaits de leurs agresseurs (cela vous rappelle quelque chose?). Prenez la Méduse. Tout le monde connaît sa tête effrayante, au regard qui transforme les autres en pierre, et aux serpents en guise de cheveux… Pourquoi a-t-elle subi ce sort terrible? Parce qu’elle avait été violée par Neptune. On entend déjà la vindicte populaire: « Ah mais. Elle devait l’avoir bien cherchée… » Bien sûr…
Ci-contre : Benvenuto Cellini, Persée montrant la tête coupée de Médée
Les métamorphoses ne dominent non seulement la mythologie grecque, mais toute l’histoire du monde – créé à partir du chaos – et de l’humanité. C’est du moins la vision d’Ovide (47 avant J-C – 17 AD) , qu’il décrit dans ses Métamorphoses : « Omnia mutantur, nihil interit », ou bien : « tout change, rien ne se perd ».

C’est en se laissant guider par Ovide que le Rijksmuseum d’Amsterdam, en collaboration avec la Galleria Borghèse de Rome, nous a préparé une bien belle exposition. Elle nous mène de Nicolas Poussin à René Magritte, en passant – parmi bien d’autres – par Michelangelo, Leonardo da Vinci, Le Caravage, Rubens, Bernini, Rodin, Brancusi, Paul Delvaux, et d’autres, pour aboutir à des artistes contemporains tel(les) que la grande Louise Bourgeois.
Cela commence par Poussin, « évidemment », je serais tentée de dire. Poussin et son « Triomphe d’Ovide », où trône le poète, couronné de lauriers et brandant une branche de myrte (symbole de Vénus), tout en étant entouré de putti , d’amarini et de tourterelles.

C’est une bonne entrée en matière…
Ensuite, commence le voyage à travers les Metamorphoses, telles qu’elles ont inspiré les peintres et les sculpteurs. Certaines de ces mythes semblent avoir particulièrement inspiré les artistes : Léda par exemple, représentée parfois en une étreinte passionnée avec son cygne, ou Danaë et la pluie d’or qui tombe sur son corps dénudé, prêt à recevoir la « manne » divine… Ou bien la pauvre Europe, dupe elle aussi d’une « farce » de ce coquin des coquins, paniquée quand elle se rend compte des véritables intentions de ce taureau en apparence si paisible.

Dans un autre registre, la Méduse, les serpents, le regard qui pétrifie – tout cela a inspiré les artistes, tout autant que Persée venant à bout de cette Gorgone redoutable. Plus bucolique, Narcisse se mirant dans l’eau, adorant sa propre image… et finissant en fleur. Et que dire de Pygmalion tombant amoureux de sa propre création ? Formidable, cette sculpture de Rodin, dans laquelle j’ai cru reconnaître l’artiste lui-même… Mais c’est sans doute mon imagination qui me joue des tours…
L’exposition se termine sur deux tableaux quelque peu inquiétants. On est loin des « amours » des habitants de l’Olympe. Un tableau de Luca Giordano montre Apollon en train d’écorcher vif le satyre Marsyas, coupable d’avoir ramassé la flute du dieu, et surtout d’avoir essayé de jouer mieux que lui… Et comme Minerve a remis à sa place Arachne, Apollon fait sentir à Marsyas quelle est la hiérarchie à respecter. Ce tableau fait face à une oeuvre de Magritte, d’un tout autre ordre, mais tout aussi inquiétant : on voit une paire de vieilles chaussures qui se transforment en pieds. Le peintre a expliqué un jour qu’il avait voulu montrer que mettre des chaussures était quelque chose de « monstrueux » et qu’unir pieds et chaussures « résolvait » en quelque sorte le problème. Reste que le titre, « le modèle rouge » demeure plutôt énigmatique. Mais qu’importe !

C’est une exposition intéressante à plus d’un titre. D’une part, elle nous remet en mémoire (une partie de) la mythologie grecque, et à quel point elle a inspiré les arts, de la renaissance à nos jours. Et d’autre part, elle montre à quel point les interprétations de ces mythes a pu varier, selon les époques, le genre de l’artiste et, tout simplement, la personnalité.
À voir, absolument, au Rijksmuseum (jusqu’au 25 mai 2026) ou (dans une forme un peu différente) à la Galleria Borghese (22 juin jusqu’au 20 septembre 2026), où elle ira ensuite.
Informations pratiques
Rijksmuseum, Museumstraat 1, Amsterdam (trams 2, 5, 12, bus 357). Ouvert tlj 9 h 00 – 17 h 00. Billets : Adultes : €25,-, Moins de 18 ans : gratuit. La réservation d’un créneau horaire est obligatoire. L’exposition dure jusqu’au 25 mai 2026 (à la Galleria Borghese du 22 juin jusqu’au 20 septembre 2026) et est entourée de plusieurs autres événements, comme quelques concerts.
Plus d’images dans la section anglaise
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English version
Nothing gets lost, all things change…
Ovides’s Metamorphoses, as seen by artists throughout the ages

Let’s say it right away : the new exhibition in the Rijksmuseum is a joy for the eye and the mind. Most visitors will remember – more or less – many of the myths on which Ovides’ epos was based : Leda and the swan, the abduction of Europe by Jupiter disguised as a bull, Danae and the golden rain (rain…?) falling upon her; Pygmalion in love with his own sculpture, Narcissus even with his own image…
Many of these metamorphoses were inspired by love – or rather, desire, and more often then not, they implied rape. Jupiter, the god of gods, was the main culprit. But the lesser gods did their best, if I may say so. Take Apollo, unable (?) to control his ardour for poor Daphne, and pursuing her until the nymph sees no other way out but to transform herself into a bay-tree. And even then Apollo appropriated Daphne’s laurels as his symbol…
Gian Lorenzo Bernini, Apollo and Daphne

The victims of most abductions were women, but Jupiter liked both men and women, boys and girls. And so one famous story is the abduction of the adolescent Ganymede, for which Jupiter changed himself into an eagle… One has to admire – if not his moral standards – Jupiter’s ingeniousness as to his agility in this field : he turned himself into a swan for Leda, into a bull to abduct Europe, golden rain to possess Danae, a cloud to approach Io… Jupiter’s imagination seems as immense as his sexual appetite…
Revenge or punishment may be another strong motif for transformations – of the (presumed) culprit, and sometimes – temporarily – of oneself. So, Jupiter’s jealous wife Juno (who had every reason to be jealous, by the way) changed herself into an old woman whom poor, unsuspecting Semele would trust. And then, she struck, punishing Semele – one of many to have a love affair with Jupiter – by changing her into a stone…
Then there is, of course, the famous story of Minerva punishing Arachne for daring to make a prettier tapestry than her own. Minerva changed Arachne into a spider: « Now you can make tapestries all your life… »

Hermaphroditis, son of Mercurius and Venus, became the « victim » of a nymph’s love. This nymph, Salmacis, was so besotten with him, that she wished their bodies to become one – which happened.
In 1619, a 2nd century sculpture of Hermaphroditis was digged up in Rome. It was offered to cardinal Scipione Borghese, who asked the sculptor Gian Lorenzo Bernini to create a plinth for it. Bernini sculpted a mattress, which had a miraculous effect. It brought the marble to life.
There are many more reasons for gods and humans to undergo a metamorphosis of a kind. This exhibition shows quite a few of them, as it makes clear that many artists have been inspired by these stories, from the Roman era till the present day – while interpretations can vary. My advice : if you have the possibility to see this show, either in Amsterdam or – later, in a somewhat different setting – in Rome, don’t hesitate!
Practical information
Rijksmuseum, Museumstraat 1, Amsterdam (trams 2, 5, 12, bus 357). Open daily 9 am – 5 pm. Tickets: Adults : €25,-, Under 18 : free. Reservation of a time slot is compulsory. The exhibition ends 25 mai 2026 in Amsterdam (it will be held, in a slightly different version, in Galleria Borghese in Rome from 22 June till 20 September 2026). Other events – like concerts – have been programmed around it. The voice in the English version of the audiotour is Stephen Fry’s (€6,50 if you rent an appliance, free with the Rijksmuseum app).
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