L’évolution du paysage au cours des siècles
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Regardez autour de vous, regardez par la fenêtre. Que voyez-vous ? Un paysage urbain ? Une rue de village ? De la verdure, un jardin, un pré, un champ de blé ou de maïs ? Ou bien un paysage « sauvage », « naturel », une forêt, des montagnes, la mer ? En tout cas, c’est nous, les humains, qui désignent le paysage pour ce qu’il est, qui l’admirent ou le craignent – et qui le modifient aussi, rien que par notre présence. Un renard, une biche, ou une mouette n’en ont que faire ; pour eux, le paysage est une donnée, une utilité, qui procure – ou non – la nourriture, un refuge, qui protège ou qu’il convient de fuir.

De tout temps aussi, l’être humain a cherché à modifier le paysage, peu ou prou. Cela a commencé avec la cultivation, puis l’appropriation des terres. Puis, il y a eu la construction des villages, des villes, ainsi que l’assainissement, l’assèchement, jusqu’à la poldérisation des eaux… Cela s’est accéléré avec la mécanisation, surtout à partir du XIXe siècle. À présent, l’agriculture a une toute autre « tête » qu’il y a un demi-siècle, ne parlons pas des temps plus reculés.
Ces changements sont plus marqués dans certaines région que dans d’autres. Le Noordbrabants Museum, à Bois-le-Duc, très ancré (et c’est une bonne chose) dans sa province du Brabant septentrional, a pris pour exemple « sa » province, et plus particulièrement la région autour de Bois-le-Duc. Où sont passé les moutons et leurs bergers ? Les landes où ces bêtes broutaient ? Quid des tourbières, des marais d’antan? Mais ses constatations valent pour toute l’Europe, voire pour le monde entier.
Avant et après…
Avez-vous vu comment, par exemple, les côtes bretonnes ont changé ? Je me souviens de Kerfany-les Pins, dans le Finistère Sud, au début des années 1960. Trois pêcheurs, un facteur, quelques agriculteurs – et une vingtaine de résidences secondaires, plus une petite auberge sur la côte. Une vingtaine d’années plus tard, c’était devenu une station balnéaire populaire, mentionnée dans Le Routard et et tous les autres guides, et où l’on loue des AirBnb comme des chambres d’hôtel luxueuses…

Autre exemple : le Lubéron, jadis un terrain assez aride, en partie sauvage, où broutaient des chèvres et des moutons, et où l’on cultivait la lavande et des arbres fruitiers. La région a attiré d’abord un certain nombre d’artistes et d’intellectuels parisiens qui achetaient et retapaient les bicoques tombées en ruine ; ensuite, dans le sillage du TGV, ont suivi les Anglais qui ont claironné haut et fort la beauté de ces villages perchés… Et à présent, on y trouve des hostelleries jusque dans les hameaux les plus reculés. En même temps, le paysage est devenu plus vert, mais les cours d’eau sont secs l’été.

Catastrophes
Sur un autre plan: pensez aux pluies torrentielles, aux feux de forêt, aux inondations, aux sécheresses – tous ces phénomènes dûs au changement climatique (et en partie aussi aux constructions, à certaines formes d’exploitation de la terre) – tous ces phénomènes, on les retrouve de la Colombie Britannique à l’Australie, et du Bangladesh au Portugal – ou à la France.

Revenons au musée, au Noordbrabants museum, et à l’exposition, qui donne à voir – et à écouter – le paysage du Brabant du Nord tel qu’il a évolué au cours des deux derniers siècles. À cette fin, on traverse non pas le miroir, mais un rideau en toile de jute, tissu associé à la campagne, à la vie paysanne par excellence. Au mur, des tableaux représentant la campagne environnante, telle qu’elle était au XIXe siècle. Peinte surtout par des peintres régionaux, dont ceux de la famille Knip (dont une descendante, Henriëtte Knip-Ronner, est devenue une des grandes artistes femmes de la fin du XIXe siècle), mais aussi par Jan Sluijters, Vincent van Gogh ou Piet Mondriaan.
Du XIXe siècle…
Petit à petit, on voit ce paysage changer, avec l’industrialisation qui s’intensifie au fur et à mesure. Et, en alternance avec ce qui paraît encore assez idyllique, des vidéo de catastrophes « naturelles », un feu de forêt, un film sur Bambi dans une version – basée sur le livre original – qui se termine mal, un paysage apocalyptique. Les rideaux séparant les (parties de) salles changent de matière, deviennent synthétiques, comme ceux qui entourent des échafaudages, par exemple. Petit à petit aussi, les photos remplacent les peintures.

… au XXIème…
Des oeuvres contemporaines montrent – entre autres – des gens en action. Un tableau de l’artiste Erik van Lieshout met en scène des paysans qui très clairement ne sont pas contents. Une vidéo (2022) de Cynthia Hathaway montre une « Wool-March », une « marche de la laine » : un troupeau de moutons traverse les rues d’un village ou d’une ville, pour protester contre la disparition, dans l’usage quotidien, d’un excellent produit comme la laine, au profit de fils synthétiques. C’est vrai, se dit-on en voyant ces images, et c’est complètement idiot. Pourquoi donc cette évolution ? Et peut-on la retourner ?

C’est ainsi que « Veranderland » (néologisme qu’on pourrait rendre par « paychange » , paysage changeant) fait réfléchir sur ce paysage dans lequel on vit, et celui dans lequel vivaient nos ancêtres… ainsi que, peut-être, celui du futur. Je me rendais compte, en me baladant à travers ces salles, que régulièrement, ma pensée s’envolait en suivant des méandres qui l’emmenait loin, loin de l’endroit où je me trouvais physiquement. Mais n’était-ce pas, justement, le but de cette exposition : faire réfléchir? Alors, bravo, Floris van Alebeek et Helewise Berger, commissaires à l’exposition, pour avoir amplement réussi sur ce point. Le musée se propose de continuer à travailler sur les relations entre la culture et la nature, entre l’être humain et son environnement. J’attends la suite avec intérêt.

Informations pratiques
Veranderland (« Paychange », ou paysage changeant) au Noordbrabants Museum, Verwersstraat 41, 5211 HT ‘s-Hertogenbosch (ou Den Bosch = Bois-le-Duc), jusqu’au 27 octobre 2024. Du mardi au dimanche de 11 h à 17 h. Tickets adultes (18 ans et plus) €16,- (en ligne) ou €18,- (à la caisse), étudiants €8,50 / €9,50. Gratuit pour <18 ans, Museumkaart, carte ICOM, Amis du musée, etc. Audioguide gratuit. Podwalk disponible dans l’exposition.
Scannez ce code QR pour aller au site du musée.

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English summary
Changing landscapes
Look around you, look out of the window. What do you see ? A street, a village road? A garden, a park, a landscape in the countryside, a wheat field, cows in a meadow ? Or else a « wild », « natural » landscape, woods, moors, mountains, dales, a lake, the sea ? Whatever the case, it is us, humans, who qualify a landscape as « urban » or « rural », we call it « beautiful », « wild », « picturesque », or whatever – and it is us, humans, who modify this landscape, if only by being there. Foxes, deer, seagulls are not interested in beauty (we think); For them, a landscape may – or may not – procure food, a shelter, or the opposite, danger; it is a place to go to, or to flee as fast as possible…

Our countryside has changed over the years, as it always did, but faster and faster. Until the end of the 18th century, it may have changed, but gradually. Yes, some changes were man-made – turning a ‘wild’ countryside into meadows and wheat fields. From the 19th century on, changes occurred much faster, due to industrialisation and urbanisation. And now, these changes turned into climate catastrophes, like torrential rains alternating with extreme drought and wildfires, like melting gletschers and polar ice…
The exhibition shows all this, but focuses in particular on the immediate surroundings of the museum, the countryside around ‘s Hertogenbosch (or Den Bosch). It doesn’t matter : the changes observed here are more or less the same as everywhere else, give or take. So the visitor is taken through a curtain made of jute (a fabric associated with rural life and agriculture) to a room with early 19th-century paintings of rural life – sometimes with a hint of a city at the horizon. Another curtain, made of synthetic material used at building sites, leads to more recent works, often photographs, showing the evolution of the use we made (and make) of the countryside (digging peat, fishing, keeping sheep or cattle, introducing agricultural engines, industrialisation…).

Veranderland (word play in Dutch, transforming ‘countryside’ and ‘change’ of ‘changing’ in one word) in Noordbrabants Museum, Verwersstraat 41, 5211 HT ‘s-Hertogenbosch (aka Den Bosch), until 27 octobre 2024. Tuesdays to Sundays, de 11 am to 5 pm. Tickets : adults (18 ans and older) €16,- (onlinde) or €18,- (at the museum), students €8,50 / €9,50. Free under 18 , or with Museumkaart, ICOM, Friends of the Noordbrabants museum, etc. Free audioguide, and podwalk (in the exhibition).

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