Les femmes en tête !

Mars était le mois de l’histoire des femmes. Et en avril, les femmes sont toujours l’honneur. On a l’impression que musées et galeries – en Europe en tout cas – se sentent tellement coupables d’avoir négligé l’art des femmes pendant des décennies, voire des siècles, qu’ils se bousculent au portillon pour se rattraper.

Paula Rego, L’homme aux oreillers.(détail)

Du coup, partout on voit des expositions consacrées aux femmes – et sinon, on les met à l’honneur en ligne, comme au Rijksmuseum d’Amsterdam, où enfin des femmes peintres – comme la fameuse Judith Leyster (1609 – 1660) ont été admises à la Galerie d’honneur. Ce n’est pas trop tôt !

Quelques expositions sont consacrées à l’oeuvre d’une seule femme ou d’un groupe de femmes. A Paris, au Musée du Luxembourg, vient de s’ouvrir Pionnières, « artistes du Paris des Années Folles », comme Tamara de Lempicka, Sonia Delaunay, ou encore Chana Orloff, nées autour de 1900, qui ont été parmi les premières femmes à avoir accès aux Académies des Beaux-Arts. Il ne faut surtout pas oublier que jusque-là, si une femme voulait devenir artiste, elle devait se débrouiller toute seule, ayant appris le métier chez leur père ou leur oncle. Et pourtant, depuis le XVIIe siècle, il y a eu des femmes qui faisaient de la peinture leur métier, ayant fait leur apprentissage chez leur père ou un autre parent ou ami. Et elles se débrouillaient ! Certaines – comme, justement, Judith Leyster, sa contemporaine et compatriote Rachel Ruysch, ou, plus tard, Artemisia Gentileschi, Elisabeth Vigée Lebrun, Rosa Bonheur, pour ne nommer que celles-là – gagnaient même bien leur vie, ainsi que la portraitiste néerlandaise Thérèse Schwartze, qui a peint le portrait de deux reines, parmi beaucoup d’autres.

C’est encore, à Paris, le Musëe du Luxembourg qui l’a montré l’annee dernière, avec l’exposition sur les femmes peintres du XIXe siècle (1780 – 1830.

Aux Pays-Bas, on a encore tout juste l’occasion de voir la grande, la très grande Frida. Frida Kahlo, bien sûr, dont l’œuvre est connue dans le monde entier et dont la vie (1907 –  1954) a inspiré nombre de biographes et de romanciers. Les deux paraissent relativement inséparables, puisque c’est elle-même, son entourage et les événements structurant et parfois bouleversant sa vie, qui forment essentiellement les sujets de ses tableaux. L’exposition qui se tient actuellement (encore quelques jours !) dans le beau petit Drents Museum montre les deux aspects, ce qui est plutôt rare (courez-y avant que l’expo ferme !).

Ainsi, il y a d’une part les vêtements dont littéralement elle se parait, ainsi que les prothèses qu’elle était obligée de porter en dessous depuis qu’à l’âge de 18 ans, un horrible accident avait transformé son corps et sa vie.

Et d’autre part, il y a l’œuvre, qu’elle a construite depuis sa découverte de la peinture au cours de sa longue convalescence. Il y a de nombreux autoportraits, bien sûr – grâce à un échafaudage ingénieux, elle pouvait les faire même couchée. Elle se peignait en beauté (ce qu’elle était), en reine, s’ornant de ses plus beaux bijoux, ses plus belles robes, maquillée avec soin. Et sous cette parure, il y avait ce corps brisé, soutenu grâce à tout un appareillage. Par ailleurs, elle a peint son accident, ses douleurs, ses fausses couches, son mariage – ses mariages, ils ont divorcé puis se sont remariés – avec Diego Rivera, peintre plus âgé et à l’époque bien plus connu qu’elle, et pas seulement au Mexique. Mais elle a fini par le surpasser, et de loin.

Mais elle peignait aussi son entourage, ses voisins, sa famille, sa maison et son jardin. Ces oeuvres-là, bien moins connues et pour certaines jamais sorties du Mexique, font également partie de l’exposition  » Viva la Frida! «  à Assen.

Allez-y, courez-y, ça vaut le coup. Ça paraît le bout du monde, mais ce n’est qu’à deux heures de train d’Amsterdam ou de La Haye. Paris-Rouen, quoi… vous avez encore jusqu’à la fin de ce week-end) ! (Photo BM Photography)

Colère également, chagrin, douleur – mais aussi, dans d’autres oeuvres. humour et fantaisie chez une autre artiste d’importance, bien vivante, elle, bien que plus toute jeune, puisque née en 1935. C’est l’Anglo-Portugaise Paula Rego. J’avoue que je ne la connaissais pas, mais ciel! qu’est-ce qu’elle vaut la peine d’être connue ! La formidable exposition que le Kunstmuseum Den Haag vient de lui consacrer est malheureusement terminée, mais la bonne nouvelle est que le musée a acquis un triptique de Rego, que vous pourrez donc voir à loisir et en permanence. Inspiré par une pièce de théâtre, The Pillowman (L’homme aux oreillers, de Martin McDonagh), Paula Rego découvrait au fur et à mesure que ce grand pastel avançait, qu’en fait, elle se référait à son père, sujet à de graves dépressions, qu’elle aimait beaucoup.

Paula Modersohn, Portrait d'une jeune fille au chapeau de paille, 1904. Van der Heydt Museum, Wuppertal.

Dorénavant, L’homme aux oreillers sera à proximité d’une autre grande Paula, Paula Modersohn-Becker (1876 ‑ 1907). Morte après avoir donné naissance à sa fille – destin tragique de nombreuses femmes – elle n’a pas eu le grand avenir que promettaient ses oeuvres de jeunesse. Mais ce qu’elle a eu le temps de faire est déjà admirable.

Bien vivante aussi est l’Afro-Américaine Kara Walker (1969). Née en Californie, elle vit et travaille à New York. A présent, cette artiste multi-talents expose une importante partie de son œuvre au musée De Pont à Tilburg (pas loin de Bruxelles, d’Anvers ou de Liège). Impressionnante comme Paula Rego, pleine de  » bruit et de fureur  » comme Frida Kahlo – fut-ce pour d’autres raisons. On y lit les humiliations subies par les Afro-Americain(e)s, on sent dans ses tripes la colère et la douileur qu’elles suscitent chez l’artiste. Certaines oeuvres vous coupent le souffle. J’y reviendrai beaucoup plus longuement, parce que aussi Karen Walker que cette exposition le méritent. Mais je voulais déjà vous donner un avant-goût.

Kara Walker, Prince McVeigh and the Turner Blasphemies, 2021, acquis par De Pont museum

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