Liberté de la presse et liberté tout court

Hier, on a « fêté » la liberté de la presse. On a eu une pensée pour tous ceux morts « au champ d’honneur »: 1889 depuis 1944, 24 journalistes et 5 collaborateurs des médias tués depuis le début de l’année. Ils ont enfin leur monument, à Bayeux, première ville libérée en juin 1944. C’est l’Irak, bien sûr, qui est le plus meurtrier (et bien plus pour les autochtones que pour les journalistes occidentaux), mais que dire, par exemple, du Mexique, où ce sont les truands qui assassinent mes confrères, ou de l’Afghanistan, où le Taliban les décapite, sans autre forme de procès. Adjmal Nashqbandi, il s’appelait, et – interprète, « fixer » pour ses confrères occidentaux – il n’a pas eu, comme l’Italien Daniele Mastrogiacomo, l’appui d’un grand quotidien et d’un gouvernement prêt à négocier pour sauvegarder sa vie.

Alain Johnston, otage depuis le 12 mars Mais il y a aussi ceux qu’on tue à petit feu. 124 journalistes détenus à ce jour – soit par les autorités – en Chine, à Guantanamo Bay, à Cuba, en Eritrée par exemple – soit par des ravisseurs qui les tiennent en otage. Alan Johnston, correspondant de la BBC à Gaza, est de ceux-là (voir ci-contre, dans le panneau de droite). Kidnappé le 12 mars par on ne sait trop qui, pour on ne sait quelle raison. Tous ceux qui l’ont approché l’estiment. Personne ne semble lui vouloir du mal personnellement. Et pourtant… Certains disent avoir de ses nouvelles, affirment qu’il est en vie, qu’il se porte bien… Mais il n’y a rien de concret, et ce n’est pas bon signe.

Et puis il y a U Win Tin, le plus célèbre journaliste de Myanmar (Birmanie). Détenu depuis 1989 sans aucune forme de procès.

U Win Tin, journaliste en prison depuis 1989

En mars, il a « fêté » ses 77 ans en prison. Reporters sans frontières et Amnesty International ont lancé une action pour le faire libérer.

Et puis, aujourd’hui 4 mai, dans mon pays, on a commémoré aussi les morts de la seconde guerre mondiale – les combattants et les autres. Ceux qui sont morts les armes à la main, ceux qu’on a tués à Auschwitz ou à Sobibor, ceux qui ont été fusillés pour avoir résisté, tous. Comme souvent, je suis allée à une cérémonie « locale », pas loin de chez moi, là où on a fusillé des résistants. C’est toujours émouvant. Une petite chorale chantait, avant et après les deux minutes de silence traditionnelles. Le dernier soleil du jour tombait, à travers le feuillage touffu, sur les fleurs en bas du monument. Et comme chaque fois, ce vers d’Aragon, chanté par Léo Ferré, m’est revenu: « Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses… »

La petite statue d’Anne Frank, elle aussi, avait eu droit à quelques bouquets de fleurs.

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