Rituel

Je comprends et je ne comprends pas. J’avoue que là, mon éloignement de Paris – moins physique, puisque je ne suis qu’à 500 km, que ‘culturel’ et ‘temporel’ – commencent à peser. Autrement dit : je comprends que les salariés – surtout les jeunes – en aient ras le bol, notamment du système des CDD, je suis sensible au sort des chômeurs (encore que ça ne concerne pas la fonction publique, que je sache – et si celle-ci fout le camp, ce n’est pas uniquement la faute des autorités).
Mais je ne vois pas très bien ce qu’une grève et une manif, si grandes soient-elles, puissent y changer. Et qu’est-ce qu’on demande au gouvernement, au juste ? Quand je lis ou écoute les témoignages des manifestants, chacun semble manifester pour autre chose – chaque chose et son contraire. Sans compter qu’un gouvernement ne peut pas tout faire non plus, ce n’est ni le Père Noël, ni le Bon Dieu. Je suis peut-être idiote, ou réac, ou les deux, mais cela me fait penser aux jacqueries contre Louis XIV ou aux révoltes des ado contre leurs parents, bref à des manifestations d’impuissance ou des crises de croissance… Mais est-ce que nous n’avons donc aucun moyen de prendre (tant soit peu) en main notre destinée? Et le bulletin de vote? Et les négociations?
Et à chaque fois, c’est l’usager qui en prend plein la gueule, pas le gouvernement, pas le patronat, ils s’en foutent, eux… (et les petits patrons, ils triment comme les salariés, souvent même bien plus…)
Vu du Nord, cela tient du rituel saisonnier, pardonnez-moi l’expression. Une ou deux fois l’an, on se défoule un bon coup : trois petits tours et puis s’en vont.
Un jour, il y a bien des années déjà, j’interviewais Jean et Nina Kéhayan, un bien sympathique couple d’enseignants compagnons de route du PC (à l’époque, c’était encore assez bien vu… les temps changent). Ils avaient aussi écrit quelques bouquins fort intéressants, notamment sur un long séjour à Moscou (qui leur avait ôté quelques illusions, comme on s’en doute, mais ça, c’est une autre histoire). Il venait d’y avoir, à ce moment-là, une grève d’enseignants et je leur ai demandé pourquoi ils avaient fait grève. « Eh bien – m’a répondu Nina en souriant – pour ne pas perdre la main, quoi ! »
Boutade? Bien sûr. Mais sur fond de vérité.

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